{"job_id":"vps_1772442054_89c49288","sections":["# CHAPITRE 29 : LE TEXTE DU NOUVEAU TESTAMENT ET SON HISTOIRE\n\nRoselyne Dupont-Roc\n\nNous n'avons aucun manuscrit original des &oelig;uvres du Nouveau Testament, pas plus que des autres &eacute;crits de l'Antiquit&eacute;. Les textes nous sont parvenus par l'interm&eacute;diaire de tr&egrave;s nombreux manuscrits copi&eacute;s &agrave; travers les si&egrave;cles dans l'Orient et l'Occident chr&eacute;tiens, jusqu'au moment o&ugrave; l'imprimerie est venue fixer plus ou moins le texte : la premi&egrave;re &eacute;dition imprim&eacute;e du Nouveau Testament est celle d'&Eacute;rasme en 1516.\n\nLes manuscrits, recopi&eacute;s &agrave; la main le plus souvent dans le scriptorium des monast&egrave;res, portent d'innombrables diff&eacute;rences de d&eacute;tail que la copie a engendr&eacute;es ou perp&eacute;tu&eacute;es. On appelle lieux variants les versets qui comportent dans certains manuscrits des diff&eacute;rences : il n'y a gu&egrave;re de verset du Nouveau Testament qui ne soit touch&eacute; ! On appelle le&ccedil;ons variantes, ou plus simplement variantes, les formes diff&eacute;rentes du texte dans chaque cas ; les sp&eacute;cialistes parlent aujourd'hui de plus de deux cent mille variantes, depuis la simple faute d'orthographe jusqu'&agrave; la transformation, l'omission ou l'addition de plusieurs versets !","La critique textuelle est l'ensemble des proc&eacute;dures et d&eacute;marches scientifiques qui tentent d'&eacute;tablir le texte, c'est-&agrave;-dire d'en restituer la forme litt&eacute;rale la plus proche possible de l'original.\n\nIl est &eacute;vident que l'&eacute;tablissement du texte pr&eacute;c&egrave;de et commande la lecture, et en particulier l'&eacute;tude ex&eacute;g&eacute;tique proprement dite. A priori, la critique textuelle n'aurait donc gu&egrave;re de place dans une Introduction au Nouveau Testament, d'autant que depuis 1966, la teneur litt&eacute;rale du texte grec &eacute;dit&eacute; par les Soci&eacute;t&eacute;s bibliques semble d&eacute;sormais fix&eacute;e. Les sp&eacute;cialistes du texte biblique, protestants et catholiques, se sont entendus sur le texte de l'&eacute;dition du Greek New Testament (GNT), &oelig;uvre d'un comit&eacute; international comprenant K. Aland, M. Black, C.-M. Martini, B.M. Metzger et A. Wikgren ; ce texte a &eacute;t&eacute; repris &agrave; l'identique d&egrave;s la 26e &eacute;dition du Novum Testamentum Graece &eacute;dit&eacute; par Nestle-Aland en 1979 ; on l'appelle commun&eacute;ment &laquo; texte standard &raquo;.","Il en r&eacute;sulte une situation qui pr&eacute;sente l'aspect satisfaisant d'une entente sur un texte commun ; elle n'en comporte pas moins un risque : elle favorise en effet l'illusion d'une stabilit&eacute; du texte du Nouveau Testament, que le lecteur pourrait d&eacute;sormais consid&eacute;rer comme immuable. Heureusement, les apparats critiques (notes en bas de page qui accompagnent le texte) t&eacute;moignent de l'existence des variantes ; et il faut reconna&icirc;tre l'effort scientifique qui, d'&eacute;dition en &eacute;dition, propose au lecteur des apparats critiques de plus en plus complets, pr&eacute;cis et lisibles.\n\nQuiconque veut entrer dans une lecture critique du Nouveau Testament doit donc savoir que la formulation originale du texte reste en partie incertaine ; cette incertitude doit &ecirc;tre prise en compte et g&eacute;r&eacute;e dans le rapport que le lecteur entretiendra avec le texte. En effet, au cours des si&egrave;cles, ces m&ecirc;mes &oelig;uvres ont &eacute;t&eacute; lues et re&ccedil;ues dans les communaut&eacute;s chr&eacute;tiennes avec de tr&egrave;s nombreuses variantes qui engagent parfois largement l'interpr&eacute;tation ; l'&eacute;tude des variantes r&eacute;v&egrave;le souvent comme pris sur le vif, au ras des mots utilis&eacute;s, les premiers conflits d'interpr&eacute;tation. D'une certaine fa&ccedil;on, l'ex&eacute;g&egrave;te va &agrave; son tour entrer et prendre position dans ce conflit.","Ainsi l'ex&eacute;g&egrave;te du Nouveau Testament doit-il d'abord &eacute;tablir le texte qu'il veut travailler. Or, dans le processus m&ecirc;me d'&eacute;tablissement du texte, le choix d'une le&ccedil;on variante au d&eacute;triment d'une autre est pour une part li&eacute; &agrave; la coh&eacute;rence et &agrave; la compr&eacute;hension d'ensemble du passage ; ce choix va donc jouer un r&ocirc;le dans l'analyse litt&eacute;raire, puis dans la lecture que proposera l'ex&eacute;g&egrave;te. On bute ainsi sur ce qui pourrait s'apparenter &agrave; un cercle vicieux, le choix de la variante &eacute;tant command&eacute; par la compr&eacute;hension du texte, la compr&eacute;hension du texte s'appuyant sur la variante choisie. Il est donc essentiel que l'ex&eacute;g&egrave;te soit conscient de la situation. De plus, le cercle peut, et doit me semble-t-il, &ecirc;tre &eacute;vit&eacute; &agrave; deux conditions : que les t&acirc;ches dans un premier temps restent soigneusement distingu&eacute;es, que le dialogue ensuite soit largement ouvert entre le textualiste et l'ex&eacute;g&egrave;te (qui peut parfois &ecirc;tre la m&ecirc;me personne, si elle sait entendre les points de vue propres &agrave; chaque discipline).\n\nUn exemple frappant est celui de la finale de l'&eacute;vangile de Marc (note 1).","Quelques manuscrits de la tradition &eacute;gyptienne interrompent brutalement le texte &agrave; la fin du verset 8 (&laquo; en effet elles avaient peur &raquo;). Partout ailleurs, la tradition manuscrite ajoute une finale &agrave; l'&eacute;vangile, qui prend g&eacute;n&eacute;ralement la forme d'une finale longue, mais qui dans un manuscrit au moins consiste en une br&egrave;ve annonce k&eacute;rygmatique ; les deux finales se trouvent aussi parfois ajout&eacute;es l'une &agrave; la suite de l'autre. Dans tous les cas, la finale longue a une facture litt&eacute;raire tr&egrave;s diff&eacute;rente du reste de l'&eacute;vangile de Marc et ne peut &ecirc;tre la suite du r&eacute;cit qui s'ach&egrave;ve en 16,8. Traditionnellement, on pensait que la finale de Marc avait &eacute;t&eacute; perdue dans la transmission manuscrite et que tr&egrave;s t&ocirc;t, les communaut&eacute;s lui avaient substitu&eacute; une finale comportant un r&eacute;sum&eacute; des apparitions du Christ ressuscit&eacute; et de la premi&egrave;re mission des ap&ocirc;tres. Mais le fait que plusieurs manuscrits de qualit&eacute; de la tradition &eacute;gyptienne (le Sina&iuml;ticus, le Vaticanus, le minuscule 304), une version syriaque ancienne (la syriaque sina&iuml;tique) et quelques autres versions (deux manuscrits coptes sahidiques) aient conserv&eacute; le texte bref a pos&eacute; question. Sur ce point, la critique textuelle a &eacute;t&eacute; un moteur pour la recherche ex&eacute;g&eacute;tique ; des analyses nouvelles et plus fines du texte de Marc montrent que le caract&egrave;re abrupt de cette fin r&eacute;pond bien au projet de l'&eacute;vang&eacute;liste, qui renvoie son lecteur &agrave; sa propre d&eacute;cision et l'incite &agrave; revenir au chemin difficile de la croix.","Nous proposons donc, dans ce chapitre, une pr&eacute;sentation succincte des principes et m&eacute;thodes de la critique textuelle, pour que le lecteur per&ccedil;oive mieux l'enjeu d'une lecture attentive et comp&eacute;tente des apparats critiques, et qu'il puisse &agrave; l'occasion entrer lui-m&ecirc;me &agrave; son tour dans le d&eacute;bat.\n\n","## 1. LA TRANSMISSION MAT&Eacute;RIELLE DU TEXTE\n\nQuelles &eacute;taient les conditions mat&eacute;rielles de l'&eacute;criture ?\n\nLe support le plus fr&eacute;quent de l'&eacute;criture dans l'Antiquit&eacute; est, jusqu'au IVe si&egrave;cle de notre &egrave;re, le papyrus. La mati&egrave;re est fragile ; on &eacute;crit des deux c&ocirc;t&eacute;s de la feuille (chart&egrave;s) avec un roseau taill&eacute; (kalamos), le plus souvent &agrave; l'encre noire (m&eacute;lan) (cf. 2 Jn 12 et 3 Jn 14). Des amateurs cultiv&eacute;s pouvaient &eacute;crire eux-m&ecirc;mes, mais g&eacute;n&eacute;ralement on utilisait les services d'un secr&eacute;taire : ainsi Tertius se d&eacute;signe-t-il lui-m&ecirc;me &agrave; la fin de la lettre aux Romains : &laquo; moi, Tertius, qui ai &eacute;crit la lettre &raquo; (Rm 16,22).","Le texte est &eacute;crit en continu, sans s&eacute;paration entre les mots, sans accentuation et pratiquement sans ponctuation : c'est la scriptio continua ; la largeur de la ligne est r&eacute;gl&eacute;e d'avance, et en fin de ligne un mot commenc&eacute; se poursuit sur la ligne suivante. &laquo; Lire &raquo; se dit en grec anagin&ocirc;skein, qui signifie d'abord &laquo; reconna&icirc;tre &raquo; les mots ! L'&eacute;criture des papyrus est cursive, le plus souvent en onciales li&eacute;es (note 2). D&egrave;s les premiers textes chr&eacute;tiens, les scribes adoptent un syst&egrave;me de contraction pour les noms divins : on &eacute;crit deux ou trois lettres surmont&eacute;es d'un trait horizontal : &Theta;&Sigma; (Theos, &laquo; Dieu &raquo;), &Kappa;&Sigma; (Kyrios, &laquo; Seigneur &raquo;), &Iota;&Eta;&Sigma; (I&egrave;sous, &laquo; J&eacute;sus &raquo;), &Pi;&Nu; (Pneuma, &laquo; Esprit &raquo;), ce qui entra&icirc;ne parfois des confusions.","La forme la plus ancienne du livre est le rouleau (volumen) : les textes des &Eacute;critures juives &eacute;taient recopi&eacute;s sur des rouleaux. Luc en t&eacute;moigne dans le r&eacute;cit de la venue de J&eacute;sus &agrave; la synagogue de Nazareth : &laquo; on lui pr&eacute;senta le livre (biblion) du proph&egrave;te &Eacute;sa&iuml;e, il d&eacute;roula le livre... &raquo; (Lc 4,17). Vers la fin du premier si&egrave;cle de notre &egrave;re appara&icirc;t le livre carr&eacute; (codex quadratus) : on empile des feuilles de papyrus, on les plie en deux et on coud au milieu pour former un cahier maniable. Le codex s'est d'abord r&eacute;pandu en milieu chr&eacute;tien : le plus ancien papyrus du Nouveau Testament que nous poss&eacute;dons, p⁵&sup2;, datant du milieu du IIe si&egrave;cle, provient d'un livre carr&eacute;.","Depuis fort longtemps existait un autre support, beaucoup plus r&eacute;sistant mais aussi beaucoup plus co&ucirc;teux : le parchemin (pergam&egrave;n&egrave;, dit parfois aussi membrana, cf. 2 Tm 4,13), qui supplante progressivement le papyrus entre le troisi&egrave;me et le sixi&egrave;me si&egrave;cle de notre &egrave;re. &Agrave; partir du quatri&egrave;me si&egrave;cle apparaissent les premiers grands manuscrits de la Bible sur codex de parchemin. La pers&eacute;cution de Diocl&eacute;tien avait fait dispara&icirc;tre bon nombre de textes du Nouveau Testament &eacute;crits sur papyrus ; vers 331, l'empereur Constantin commande &agrave; Eus&egrave;be de C&eacute;sar&eacute;e cinquante copies des &Eacute;critures sacr&eacute;es, &laquo; &eacute;crites sur un parchemin raffin&eacute;, d'une &eacute;criture lisible et d'un format maniable, par des calligraphes accomplis &raquo; (Vita Constantini 4,36s). Le Vaticanus B03, qui contient l'ensemble de la Bible avec quelques lacunes, pourrait faire partie de ces manuscrits.\n\nLes manuscrits sur parchemin, beaucoup plus soign&eacute;s, sont &eacute;crits en onciales dont la forme varie quelque peu au cours des si&egrave;cles. &Agrave; partir du IXe si&egrave;cle, l'onciale est supplant&eacute;e par une &eacute;criture plus rapide, en minuscules li&eacute;es, le nombre des manuscrits se multiplie alors de fa&ccedil;on spectaculaire.","&Agrave; ce tableau rapide, il faut ajouter quelques remarques sur la pr&eacute;sentation des textes. Le titre de l'&oelig;uvre ou inscriptio, not&eacute; en t&ecirc;te, est souvent r&eacute;p&eacute;t&eacute; &agrave; la fin : c'est la suscriptio. &Agrave; la fin de l'&oelig;uvre &eacute;galement une sorte de cartouche ou colophon contient parfois des indications pr&eacute;cieuses : mention du scribe, du lieu, de la date, nombre de lignes ; enfin il arrive qu'une pri&egrave;re de remerciement soit adress&eacute;e &agrave; Dieu au terme d'un travail de copie aussi p&eacute;nible ! Ainsi dans plusieurs manuscrits de la tradition byzantine, la suscriptio de la lettre aux Galates la donne comme &eacute;crite &agrave; Rome (note 3). Cela nous renseigne au moins sur la conception de la chronologie paulinienne qui avait cours &agrave; la p&eacute;riode byzantine. Pour des raisons peut-&ecirc;tre th&eacute;ologiques, Marcion, au milieu du IIe si&egrave;cle, tenait Galates pour la premi&egrave;re des lettres de Paul (note 4).\n\nDans plusieurs grands manuscrits en onciales (l'Alexandrinus A02 du Ve si&egrave;cle, le Vaticanus B03 du IVe si&egrave;cle), le texte est divis&eacute; en chapitres dont plusieurs portent des titres, ce qui nous donne des indications sur le d&eacute;coupage liturgique ou ex&eacute;g&eacute;tique op&eacute;r&eacute; dans les &Eacute;glises.","Enfin, les palimpsestes sont fr&eacute;quents : le parchemin, trop rare et trop co&ucirc;teux, est gratt&eacute; pour recevoir un nouveau texte ; c'est le cas du C04, le Codex Ephraemi rescriptus, sur lequel ont &eacute;t&eacute; recopi&eacute;s les sermons d'Ephrem. En p&eacute;riode de p&eacute;nurie, les palimpsestes se multipliaient, au point que le concile de Trullo en 692 d&eacute;cida de les interdire : ce fut en vain. Aujourd'hui, la technique des rayons ultra-violets nous permet de retrouver le premier texte gratt&eacute; et recouvert.\n\nD&egrave;s le XIIIe si&egrave;cle, le papier, apport&eacute; de Chine par les Arabes au VIIIe si&egrave;cle, se r&eacute;pand : plusieurs lectionnaires sont copi&eacute;s sur papier ; mais la mati&egrave;re est fragile et pour les textes pr&eacute;cieux, le parchemin reste pr&eacute;f&eacute;r&eacute; jusqu'&agrave; l'invention de l'imprimerie.\n\n","## 2. LES T&Eacute;MOINS DU TEXTE DU NOUVEAU TESTAMENT\n\nEn citant pour chaque lieu variant des t&eacute;moins du texte du Nouveau Testament, les apparats critiques font n&eacute;cessairement l'amalgame de plusieurs groupes tr&egrave;s h&eacute;t&eacute;rog&egrave;nes. Ils retiennent :\n\nd'une part les manuscrits grecs : papyri, onciaux et minuscules, mais aussi lectionnaires des monast&egrave;res qui comportent les textes non en continu mais dispos&eacute;s selon les lectures du jour et les temps liturgiques.\n\nd'autre part les versions, traductions tr&egrave;s anciennes, souvent extr&ecirc;mement litt&eacute;rales, qui constituent une source tr&egrave;s pr&eacute;cieuse pour reconstituer l'histoire du texte. Les apparats critiques citent souvent des manuscrits particuliers d'une version, notamment pour la vieille syriaque et la vieille latine ; mais parfois ils renvoient &agrave; une &eacute;dition de r&eacute;f&eacute;rence (elle-m&ecirc;me bas&eacute;e sur de tr&egrave;s nombreux manuscrits).\n\nenfin les citations du Nouveau Testament par les P&egrave;res de l'&Eacute;glise dans leurs diff&eacute;rents ouvrages ; les apparats renvoient alors &agrave; une &eacute;dition critique r&eacute;cente du texte des P&egrave;res.\n\nDans chaque cat&eacute;gorie, nous pr&eacute;sentons rapidement quelques t&eacute;moins importants.\n\nLes manuscrits grecs (note 5)","1. Dans la premi&egrave;re moiti&eacute; du vingti&egrave;me si&egrave;cle, et surtout apr&egrave;s 1930, la d&eacute;couverte et la publication de nombreux papyri, essentiellement venus d'&Eacute;gypte, a fait faire un progr&egrave;s remarquable &agrave; notre connaissance du texte ; le plus ancien fragment de papyrus, le p⁵&sup2;, comportant quelques lignes de l'&eacute;vangile de Jean, remonte aux environs des ann&eacute;es 130, soit moins de cinquante ans apr&egrave;s la mise par &eacute;crit de l'&oelig;uvre (note 6). On compte &agrave; ce jour 115 fragments de papyri ; certains sont si courts qu'ils ne comprennent que quelques versets, d'autres attestent des &oelig;uvres enti&egrave;res. D&egrave;s le IIIe si&egrave;cle, les quatre grands corpus du Nouveau Testament &ndash; &eacute;vangiles, actes et &eacute;p&icirc;tres catholiques, lettres pauliniennes, apocalypse &ndash; sont repr&eacute;sent&eacute;s.\n\nLes papyri appartiennent souvent &agrave; des collections priv&eacute;es dont ils gardent le nom ; mais ils entrent d&eacute;sormais tous dans une classification unique, et sont d&eacute;sign&eacute;s par la lettre p affect&eacute;e d'un exposant. Notons particuli&egrave;rement, de la collection Chester Beatty &agrave; Dublin :\n\n-le p45, datant du IIIe si&egrave;cle ; il comporte 30 feuillets (sur 110) des quatre &eacute;vangiles et des Actes.\n\n-le p46, vers 200, conserve 86 feuillets (sur 104) des lettres de Paul.\n\n-le p45 renferme 10 feuillets de l'Apocalypse.","De la collection Bodmer &agrave; Cologny-Gen&egrave;ve, mentionnons :\n\n-le p66, vers 200, contient l'&eacute;vangile de Jean presque complet jusqu'au chapitre 14, puis par fragments (note 7).\n\n-le p75, de la premi&egrave;re moiti&eacute; du IIIe si&egrave;cle, contient avec des lacunes les &eacute;vangiles de Luc et de Jean sur 51 feuillets, dont certains sont tr&egrave;s ab&icirc;m&eacute;s.\n\n2. Les onciaux : on en d&eacute;nombre aujourd'hui 309 (dont 200 ne sont que des fragments), mais pr&egrave;s d'une trentaine d'entre eux proviennent du m&ecirc;me manuscrit qu'un autre fragment. Cinq de ces manuscrits seulement comportent le Nouveau Testament en entier, avec quelques lacunes dues &agrave; des mutilations. Notons aussi que les &eacute;vangiles ont 138 t&eacute;moins, l'Apocalypse 10 seulement.\n\nDepuis la classification de C.R. Gregory (1846-1917), on les d&eacute;signe par un 0 suivi d'un num&eacute;ro d'ordre 01, 02, etc., l'ensemble est pr&eacute;c&eacute;d&eacute; pour les 45 premiers d'une lettre majuscule latine, puis grecque, selon une d&eacute;signation qui remonte au XVIIIe si&egrave;cle.\n\n-Le plus ancien et l'un des plus beaux est le codex Vaticanus B03, datant du IVe si&egrave;cle. Il appara&icirc;t &agrave; la Biblioth&egrave;que Vaticane vers 1480. Il contient la Bible tout enti&egrave;re avec quelques lacunes, le Nouveau Testament s'arr&ecirc;tant &agrave; H&eacute;breux 9,11.","-Le codex Sinaiticus N01, du milieu du IVe si&egrave;cle, fut partiellement d&eacute;couvert dans des conditions rocambolesques par Tischendorf au monast&egrave;re Sainte Catherine du Sina&iuml; en 1844, puis progressivement reconstitu&eacute; ; il est actuellement &agrave; la British Library de Londres. Il contient presque tout l'Ancien Testament, et outre le Nouveau Testament, l'&eacute;p&icirc;tre de Barnab&eacute; et le Pasteur d'Hermas.\n\n-Le codex Alexandrinus A02, du Ve si&egrave;cle, copi&eacute; en &Eacute;gypte et propri&eacute;t&eacute; du patriarche d'Alexandrie ; il fut apport&eacute; &agrave; Londres en 1628. Il contient l'Ancien et le Nouveau Testament, plus deux &eacute;p&icirc;tres de Cl&eacute;ment de Rome. Mais le Nouveau Testament ne commence qu'en Matthieu 27.\n\n-Le codex Ephraemi rescriptus C04, du Ve si&egrave;cle, est un palimpseste. Il a &eacute;t&eacute; recouvert au XIIe si&egrave;cle par les sermons et trait&eacute;s d'Ephrem. On peut y lire la moiti&eacute; de l'Ancien Testament et les deux tiers du Nouveau Testament.","-Le codex de B&egrave;ze (Bezae Cantabrigiensis), bilingue : grec (D05) et latin (d), du IVe\/Ve si&egrave;cle. &Agrave; Lyon depuis le IXe si&egrave;cle, il fut acquis par Th&eacute;odore de B&egrave;ze en 1562, et donn&eacute; en 1581 &agrave; l'universit&eacute; de Cambridge. Ce manuscrit contient les quatre &eacute;vangiles dans l'ordre Matthieu-Jean-Luc-Marc, les Actes des ap&ocirc;tres, et quelques lignes des &eacute;p&icirc;tres catholiques (Jacques-Jude). Il est remarquable par ses variantes, notamment le texte dit occidental des Actes des ap&ocirc;tres.\n\n-Le codex Claromontanus D06, grec et latin (d), du VIe si&egrave;cle, achet&eacute; par Th&eacute;odore de B&egrave;ze, contient les &eacute;p&icirc;tres pauliniennes avec de nombreuses lacunes.\n\n-Le codex Freerianus W032, achet&eacute; en 1906 par Ch.L. Freer, contient les &eacute;vangiles dans l'ordre Matthieu-Jean-Luc-Marc. On y trouve apr&egrave;s Marc 16,14 une &eacute;trange addition de type gnostique, appel&eacute;e &laquo; logion de Freer &raquo; (note 8).\n\n3. Les minuscules : not&eacute;s en chiffres arabes de 1 &agrave; 2862. Le plus ancien d'entre eux date de 835, la plupart sont beaucoup plus tardifs (XIIe au XVe si&egrave;cle). Seule une cinquantaine comporte tout le Nouveau Testament, la majorit&eacute; ne contient que les &eacute;vangiles. Un des grands chantiers actuels est de les d&eacute;pouiller et de les classer par familles.","Dans les &eacute;vangiles, la famille 1 compte une dizaine de minuscules, dont le 1 est t&ecirc;te de s&eacute;rie, regroup&eacute;s par K. Lake sous le sigle f&sup1; ; la p&eacute;ricope de la femme adult&egrave;re (Jean 7,53-8,11) y est plac&eacute;e en finale de l'&eacute;vangile de Jean.\n\nLa famille f13, regroup&eacute;e par Ferrar, comprend une douzaine de manuscrits copi&eacute;s pour la plupart en Calabre ; la p&eacute;ricope de la femme adult&egrave;re est transpos&eacute;e en Luc apr&egrave;s le verset 21,38, l'&eacute;pisode de la sueur de sang (Luc 22,43-44) est transpos&eacute; en Matthieu apr&egrave;s 26,39.\n\nLe minuscule 33 du IXe si&egrave;cle, souvent appel&eacute; &laquo; la reine des minuscules &raquo;, se rapproche du texte des grands onciaux N01, B03 (qui omettent la femme adult&egrave;re).\n\nLe codex 1739, vers 950, conserv&eacute; au mont Athos, porte en marge de nombreuses citations d'anciens P&egrave;res de l'&Eacute;glise ; dans les Actes, il est apparent&eacute; au codex de B&egrave;ze.\n\nLe codex 2138, de 1072, &agrave; Moscou, est le plus ancien d'une vingtaine de minuscules. Le texte des Actes est apparent&eacute; au codex de B&egrave;ze.\n\n4. Les lectionnaires : &agrave; part quelques fragments de papyrus, ils sont copi&eacute;s sur parchemin, puis &agrave; partir du XIIIe si&egrave;cle sur papier. La grande majorit&eacute; consiste en des &eacute;vang&eacute;liaires.\n\nLes versions\n\n1. En latin, on distingue :","-Les traductions latines ant&eacute;rieures &agrave; la Vulgate (du IIe &agrave; la fin du IVe si&egrave;cle), appel&eacute;es Vieilles Latines. On les note globalement it, mais environ 90 manuscrits ont &eacute;t&eacute; r&eacute;pertori&eacute;s, les plus anciens remontant au IVe si&egrave;cle : ils sont traditionnellement d&eacute;sign&eacute;s par des lettres minuscules de l'alphabet latin, d&eacute;sormais doubl&eacute;es d'un num&eacute;ro d'ordre en chiffre arabe. Le plus c&eacute;l&egrave;bre est le codex Bobbiensis, not&eacute; k, du IVe\/Ve si&egrave;cle, dont le texte a bien des points communs avec le codex de B&egrave;ze ; il est le seul manuscrit &agrave; omettre le silence des femmes en Marc 16,8, et &agrave; ajouter la finale de quelques lignes appel&eacute;e &laquo; le k&eacute;rygme incorruptible &raquo; (note 9).","-La traduction de la Vulgate attribu&eacute;e &agrave; J&eacute;r&ocirc;me comporte plus de dix mille manuscrits, souvent r&eacute;cents et bien conserv&eacute;s ; quelques-uns cependant remontent au VIIe et m&ecirc;me VIe si&egrave;cles. &Agrave; elle seule, la Vulgate m&eacute;riterait un trait&eacute; complet de critique textuelle. On cite donc la Vulgate d'apr&egrave;s les grandes &eacute;ditions : la Vulgate cl&eacute;mentine vgᵈ est l'&eacute;dition command&eacute;e par le pape Cl&eacute;ment VIII en 1592. La premi&egrave;re grande &eacute;dition critique moderne est celle inaugur&eacute;e par J. Wordsworth et H.I. White &agrave; Oxford (1889-1954) ; on la note vgʷʷ. Enfin une &eacute;dition critique de la Vulgate de toute la Bible est &eacute;dit&eacute;e &agrave; Stuttgart depuis 1969 ; elle est not&eacute;e vgʷ.\n\n2. En syriaque, on distingue :","-Le Diatessaron de Tatien : vers 172, Tatien, disciple du philosophe Justin, &eacute;crivit une harmonie des quatre &eacute;vangiles, tissant habilement les quatre en un seul texte ; cette entreprise a laiss&eacute; des traces profondes dans la tradition manuscrite du Nouveau Testament. Un feuillet grec du Diatessaron a &eacute;t&eacute; d&eacute;couvert &agrave; Doura-Europos (Syrie) en 1933 ; il date de la premi&egrave;re moiti&eacute; du IIIe si&egrave;cle et il est class&eacute; parmi les onciaux sous le num&eacute;ro 0212 ; de plus, un commentaire du Diatessaron par &Eacute;phrem est conserv&eacute; dans un manuscrit ab&icirc;m&eacute; en syriaque et dans deux manuscrits en arm&eacute;nien ; il en existe des traductions dans plusieurs langues.\n\n-Deux manuscrits anciens ont conserv&eacute; une version des &eacute;vangiles, portant la mention &laquo; &Eacute;vangile des s&eacute;par&eacute;s &raquo; par opposition au Diatessaron :\n\nun manuscrit du IVe si&egrave;cle a &eacute;t&eacute; d&eacute;couvert en 1892 dans la biblioth&egrave;que du monast&egrave;re Sainte-Catherine au Sina&iuml; ; on l'appelle &laquo; syriaque sina&iuml;tique &raquo;, syʷ ; c'est un palimpseste qui porte un texte apparent&eacute; au codex de B&egrave;ze et &agrave; la Vieille Latine.","un manuscrit du Ve si&egrave;cle, d&eacute;couvert par W. Cureton en &Eacute;gypte, porte le nom de &laquo; syriaque curetonienne &raquo;, syᶜ ; il contient les quatre &eacute;vangiles dans l'ordre Matthieu-Jean-Luc-Marc.\n\n-La version liturgique des &Eacute;glises syriaques est la pechittā, not&eacute;e syᵖ ; elle est repr&eacute;sent&eacute;e &agrave; l'heure actuelle par pr&egrave;s de 250 manuscrits, dont une douzaine du IVe\/Ve si&egrave;cle. Le texte est fix&eacute; et ne comprend, suivant le canon des Syriens, ni les quatre petites &eacute;p&icirc;tres catholiques, ni l'Apocalypse.\n\n-On conna&icirc;t encore d'autres versions syriaques, et notamment la r&eacute;vision de Thomas de Harkel en 615-616 : syʰ. Dans les Actes des ap&ocirc;tres, elle pr&eacute;sente dans les marges des variantes textuelles qui en font l'un des textes les plus proches de celui du codex de B&egrave;ze ; on le note alors syʰᵐʳᵍ.\n\n-Enfin, on a trouv&eacute; plusieurs t&eacute;moins fragmentaires d'une version en aram&eacute;en, not&eacute;e sypal, dont le texte suit le type du codex de B&egrave;ze.\n\nDe plus en plus aujourd'hui, les textualistes s'int&eacute;ressent &agrave; d'autres versions, en diff&eacute;rents dialectes coptes notamment, mais aussi en arm&eacute;nien, g&eacute;orgien, arabe, &eacute;thiopien...\n\nLes P&egrave;res de l'&Eacute;glise grecque ou latine","Les citations des P&egrave;res grecs ou latins, du IIe au Ve si&egrave;cle, offrent un int&eacute;r&ecirc;t remarquable par leur anciennet&eacute;. Mais elles doivent &ecirc;tre mani&eacute;es avec de grandes pr&eacute;cautions. Les apparats renvoient aux &eacute;ditions critiques les plus pr&eacute;cises de leurs &oelig;uvres. Par ailleurs, il faut prendre garde &agrave; la fa&ccedil;on de citer, de m&eacute;moire et avec une certaine libert&eacute;. Justin, Ir&eacute;n&eacute;e (quelques fragments grecs seulement), Cl&eacute;ment d'Alexandrie, Orig&egrave;ne d'une part, Tertullien, Cyprien de l'autre nous renseignent sur les traditions textuelles re&ccedil;ues dans leurs &Eacute;glises. Des &eacute;rudits comme Orig&egrave;ne ou J&eacute;r&ocirc;me comparent des manuscrits et signalent des variantes d'un int&eacute;r&ecirc;t de premier ordre.\n\nDe plus, on porte grand int&eacute;r&ecirc;t aujourd'hui au texte de Marcion, chef d'une tendance ultra-paulinienne vers 144 &agrave; Rome. Opposant le Dieu d'amour du Nouveau Testament au d&eacute;miurge de l'Ancien, il a proc&eacute;d&eacute; &agrave; un choix dans les &Eacute;critures et retenu le seul &Eacute;vangile de Luc et les lettres de Paul. Mais les citations de Marcion que nous poss&eacute;dons viennent des r&eacute;futations des auteurs eccl&eacute;siastiques qui le condamnent : Tertullien, &Eacute;piphane ; la prudence au moins est de rigueur !\n\nDU TEXTE RE&Ccedil;U AU TEXTE STANDARD","La premi&egrave;re &eacute;dition grecque du Nouveau Testament fut celle d'&Eacute;rasme, publi&eacute;e &agrave; B&acirc;le le 1eʳ mars 1516. L'ouvrage portait le texte grec sur deux colonnes, une traduction latine d'&Eacute;rasme lui-m&ecirc;me, et s'achevait par de nombreuses notes ex&eacute;g&eacute;tiques. De format maniable, le livre connut un succ&egrave;s imm&eacute;diat. Il &eacute;tait pourtant de qualit&eacute; tr&egrave;s m&eacute;diocre. &Eacute;rasme avait travaill&eacute; sur quelques manuscrits tardifs, repr&eacute;sentant le texte byzantin, et comme il manquait les derniers versets de l'Apocalypse (22,16-21), il n'h&eacute;sita pas &agrave; les retraduire lui-m&ecirc;me en grec !\n\nIl s'agissait en effet de prendre de vitesse une autre grande entreprise &eacute;ditoriale, beaucoup plus soign&eacute;e : celle du cardinal Ximenes de Cisneros qui r&eacute;unit nombre d'&eacute;rudits pour &eacute;diter une Bible polyglotte, &agrave; partir de manuscrits pr&ecirc;t&eacute;s par la Biblioth&egrave;que Vaticane. La polyglotte d'Alcala parut en 1519 : ouvrage de valeur, sa diffusion limit&eacute;e fit qu'elle n'eut gu&egrave;re d'influence par la suite.","&Agrave; partir de 1534, Robert Estienne r&eacute;&eacute;dita le texte d'&Eacute;rasme. Il le corrigea &agrave; l'aide de la polyglotte d'Alcala et de quelques bons manuscrits, dont le D05 : sa troisi&egrave;me &eacute;dition est pour la premi&egrave;re fois accompagn&eacute;e d'un apparat critique. Dans l'&eacute;dition suivante (1551), Estienne introduisit une innovation g&eacute;niale : le texte de chaque &oelig;uvre &eacute;tait divis&eacute; en petites sections num&eacute;rot&eacute;es : les versets. D&eacute;sormais ce texte fut constamment r&eacute;&eacute;dit&eacute; ; en 1624 &agrave; Amsterdam, les fr&egrave;res Elzevier affirm&egrave;rent d&egrave;s leur deuxi&egrave;me &eacute;dition qu'il s'agissait &laquo; du texte re&ccedil;u par tout le monde &raquo;. Ce textus receptus demeura en effet pendant plus de deux si&egrave;cles le texte grec de l'Occident chr&eacute;tien.","Dans la deuxi&egrave;me partie du XVIIIe si&egrave;cle cependant, un v&eacute;ritable travail critique se d&eacute;veloppa : des dizaines de manuscrits furent collationn&eacute;s, tandis que le savant allemand J.J. Griesbach (1745-1812) proposait la th&eacute;orie des grandes recensions. &Agrave; sa suite, K. Lachmann (1793-1851) abandonna le texte re&ccedil;u et tenta de retrouver l'&eacute;tat du texte tel qu'il &eacute;tait largement r&eacute;pandu au cours du IVe si&egrave;cle. Nous ne pouvons que signaler au XIXe si&egrave;cle les travaux remarquables de C. von Tischendorf, mais surtout de B.F. Wescott (1825-1901) et F.J.A. Hort (1828-1892), qui permirent d'affiner la distinction de grands types de texte.\n\nEn 1898, Eberhard Nestle publia la premi&egrave;re &eacute;dition du Novum Testamentum Graece pourvue d'un petit apparat critique, dont le succ&egrave;s fut &eacute;norme. &Agrave; partir de 1927, son fils Erwin Nestle reprit et d&eacute;veloppa les principes d&eacute;j&agrave; mis en &oelig;uvre ; les &eacute;ditions se succ&eacute;deront avec des changements minimes dans le texte, mais des apparats critiques toujours plus riches et plus pr&eacute;cis. En 1952, K. Aland s'associa &agrave; E. Nestle : dans les &eacute;ditions suivantes, le texte resta inchang&eacute;, mais l'apparat critique se perfectionna, signalant &agrave; partir de 1963 les papyrus.","Par ailleurs, en 1963, &agrave; l'initiative de la Soci&eacute;t&eacute; Biblique Am&eacute;ricaine, un Comit&eacute; international comprenant K. Aland, M. Black, B.M. Metzger, A. Wikgren, puis C.-M. Martini, pr&eacute;para une r&eacute;vision du texte de Nestle. La premi&egrave;re &eacute;dition parue en 1966 fut &eacute;dit&eacute;e par les United Bible Societies sous le nom de Greek New Testament. Les principes et la pr&eacute;sentation de l'apparat critique diff&egrave;rent notablement de ceux de Nestle-Aland, mais depuis 1979, &agrave; la suite d'un accord entre les soci&eacute;t&eacute;s bibliques, le texte grec des deux &eacute;ditions (3e &eacute;dition du GNT, 26e &eacute;dition du Nestle-Aland) est identique : on le d&eacute;signe d&eacute;sormais comme le texte standard.\n\n","## 3. L'ENJEU ACTUEL : LES GRANDS &Eacute;TATS DU TEXTE\n\nLa critique textuelle du Nouveau Testament se trouve confront&eacute;e, pour plusieurs raisons, &agrave; une situation tout &agrave; fait particuli&egrave;re.\n\n3.1. Pour ce qui est de l'anciennet&eacute; des t&eacute;moins manuscrits, le texte du Nouveau Testament pr&eacute;sente une situation &eacute;tonnamment favorable. En effet, pour les grands textes de l'Antiquit&eacute; gr&eacute;co-romaine, les t&eacute;moins sociaux sont distants d'une dizaine de si&egrave;cles au moins du moment de la mise par &eacute;crit, et les fragments de papyrus d&eacute;couverts au XXe si&egrave;cle ne s'en rapprochent que de cinq ou six si&egrave;cles. Or le Nouveau Testament est attest&eacute; moins d'un si&egrave;cle apr&egrave;s ce que l'on suppose &ecirc;tre la mise par &eacute;crit de ses premiers textes : le plus ancien fragment de l'&eacute;vangile de Jean connu &agrave; ce jour, le p⁵&sup2;, date des ann&eacute;es 130 !\n\n3.2. Quant au nombre des t&eacute;moins connus, le Nouveau Testament bat tous les records : le texte a &eacute;t&eacute; recopi&eacute; et traduit dans toute la chr&eacute;tient&eacute; pendant treize si&egrave;cles ! En 2000, J.K. Elliott d&eacute;nombrait 115 fragments de papyrus, 309 onciaux, 2862 minuscules, 2412 lectionnaires, pour ne rien dire des versions ni des citations des P&egrave;res.","Paradoxalement, cette masse de t&eacute;moins rend le travail du textualiste presque impraticable, ou alors il le contraint &agrave; se transformer. En effet, le but traditionnel de la critique textuelle est de reconstituer l'arbre g&eacute;n&eacute;alogique (on dit stemma) des manuscrits pour remonter progressivement jusqu'&agrave; l'arch&eacute;type premier, aussi proche que possible de l'original. Quoique toujours grev&eacute; d'une part d'hypoth&egrave;se, ce travail a souvent port&eacute; des fruits ; or la multiplication des t&eacute;moins le rend extr&ecirc;mement difficile, sinon impossible. Dans le cas du Nouveau Testament, les sp&eacute;cialistes se sont efforc&eacute;s de constituer des familles de manuscrits. Des m&eacute;thodes d'analyse et de regroupements des t&eacute;moins se sont d&eacute;velopp&eacute;es depuis les travaux de K. Lachmann entre 1830 et 1850 ; elles s'appuient essentiellement sur le choix des lieux variants significatifs (ainsi la place de la p&eacute;ricope de la femme adult&egrave;re, la pr&eacute;sence de la finale longue de Marc, la pr&eacute;sence de certains versets chez Luc, etc.). Peu &agrave; peu le choix s'affine et le travail progresse lentement, mais le vieux r&ecirc;ve de la reconstitution de l'arch&eacute;type para&icirc;t d&eacute;sormais abandonn&eacute;.\n\n3.3. En effet, le progr&egrave;s de la recherche des textualistes, puis la d&eacute;couverte des","papyri au XXe si&egrave;cle ont mis en lumi&egrave;re des ph&eacute;nom&egrave;nes tr&egrave;s particuliers qui marquent\n\nl'histoire du texte du Nouveau Testament. Il est apparu d'abord qu'au-del&agrave; des familles de manuscrits, on pouvait distinguer dans la tradition des grands types de texte, et peut-&ecirc;tre tenter de les relier &agrave; des lieux g&eacute;ographiques. Au cours des IIIe et IVe si&egrave;cles, dans les grands centres intellectuels de la chr&eacute;tient&eacute; (Alexandrie, Antioche, C&eacute;sar&eacute;e), &agrave; la suite d'&eacute;rudits et de sp&eacute;cialistes comme H&eacute;sychius, Lucien, Orig&egrave;ne, des &eacute;coles de scribes se sont adonn&eacute;es &agrave; un impressionnant travail de recherche, de comparaison et de regroupements des manuscrits &ndash; travail que l'on appelle techniquement un travail de collation. Plus encore, ils ont cherch&eacute; &agrave; unifier le texte en choisissant ce qui leur semblait le meilleur : autrement dit, ils ont proc&eacute;d&eacute; &agrave; un v&eacute;ritable &eacute;tablissement du texte, et on parle aujourd'hui de ces grandes recensions qui ont tent&eacute; d'unifier et de fixer le texte dans des sph&egrave;res d'influence donn&eacute;es.","La recherche sur les grands &laquo; types de texte &raquo; remonte &agrave; la fin du XIXe si&egrave;cle (B.F. Wescott et F.J.A. Hort) ; elle a &eacute;t&eacute; largement reprise au cours du XXe si&egrave;cle, puis remarquablement affin&eacute;e par les recherches de J. Duplacy sur ce qu'il appelait &laquo; les grands &eacute;tats du texte &raquo; (note 10). La question reste aujourd'hui encore discut&eacute;e.\n\nMais on peut dire que les textualistes s'accordent au moins sur deux grands types de texte, auxquels il faut ajouter un type particulier : le type &laquo; occidental &raquo;.\n\na) Le type syro-byzantin\n\nIl est refl&eacute;t&eacute; par la grande majorit&eacute; des manuscrits, surtout des minuscules, mais aussi par l'Alexandrinus A02 pour les &eacute;vangiles, par le codex de Freer W032 pour Matthieu et Luc, par les onciaux E07, F09, la masse des minuscules (not&eacute;es Byz suivant les apparats critiques), la Pechitt&agrave; et une partie de la Vulgate, les traductions en slavon, pour ne citer que les t&eacute;moins les plus connus.","Ce texte, largement re&ccedil;u dans les &Eacute;glises de tradition orthodoxe, est caract&eacute;ris&eacute; par le souci d'&ecirc;tre complet et clair. Il t&eacute;moigne d'un grec populaire, qui a &eacute;chapp&eacute; aux corrections atticisantes (forme norm&eacute;e du grec litt&eacute;raire). Il harmonise volontiers les passages parall&egrave;les et s'efforce d'expliquer les lieux obscurs ; de ce fait, il semble parfois att&eacute;nuer des ar&ecirc;tes th&eacute;ologiques trop vives. Ainsi en Jean 1,18, le texte byzantin porte &laquo; le fils unique engendr&eacute; &raquo; au lieu de &laquo; un dieu unique engendr&eacute; &raquo;, le&ccedil;on du texte &eacute;gyptien t&eacute;moin d'une tr&egrave;s haute christologie.\n\nb) Le type &eacute;gyptien, encore appel&eacute; alexandrin","Il est refl&eacute;t&eacute; par p⁶⁶, p⁷⁵, N01, B03, L019, W032, &Psi;044, 33, etc. pour les &eacute;vangiles, p45, p⁵⁰, N01, B03, C04, &Psi;044, 33 pour les Actes, N01, A02, B03, C04, 33, 1739, etc., pour Paul. Ce type est caract&eacute;ris&eacute; par sa bri&egrave;vet&eacute; et par son souci de correction grammaticale et orthographique. On remarque notamment l'absence de la p&eacute;ricope de la femme adult&egrave;re, et parfois l'absence de Luc 22,43-44 (la sueur de sang &agrave; Geths&eacute;man&eacute;). Depuis C. Lachmann (1793-1851), qui l'a choisi comme base de son &eacute;dition du Nouveau Testament, il a &eacute;t&eacute; privil&eacute;gi&eacute; par tous les &eacute;diteurs occidentaux ; il reste notamment le type pr&eacute;f&eacute;r&eacute; des &eacute;diteurs du texte standard.\n\nCertains sp&eacute;cialistes distinguent encore un texte palestinien, d&eacute;riv&eacute; des travaux d'Orig&egrave;ne pour lesquels J&eacute;r&ocirc;me professe une grande admiration. Ce texte serait repr&eacute;sent&eacute; par p45, &Theta;038, W032 (pour Marc), les familles f&sup1;, et f13, 28, 700.","3.4. Mais la surprise est surtout venue du fait qu'en remontant gr&acirc;ce aux papyri et aux versions anciennes en de&ccedil;&agrave; du IVe si&egrave;cle, au lieu d'aller vers l'unification progressive du texte que l'on aurait pu escompter, on se trouve au contraire confront&eacute; &agrave; une diversit&eacute; textuelle de plus en plus grande. Ce ph&eacute;nom&egrave;ne &eacute;tonnant t&eacute;moigne du caract&egrave;re mouvant du texte au cours du IIe si&egrave;cle ; il s'explique probablement par de multiples facteurs qui touchent &agrave; la gen&egrave;se et &agrave; la transmission des &oelig;uvres du Nouveau Testament.","La grande diffusion des textes dans les communaut&eacute;s chr&eacute;tiennes diss&eacute;min&eacute;es d&egrave;s la fin du premier si&egrave;cle dans tout le bassin m&eacute;diterran&eacute;en tient d'abord &agrave; leur caract&egrave;re vivant, c'est-&agrave;-dire paradoxalement &agrave; la priorit&eacute; donn&eacute;e &agrave; l'oral. Les textes servent d'abord &agrave; recueillir ou accompagner le t&eacute;moignage, l'enseignement oral ou cat&eacute;ch&egrave;se, la liturgie. Les lettres de Paul, les premiers &eacute;crits chr&eacute;tiens, &eacute;taient toujours confi&eacute;es &agrave; un collaborateur fid&egrave;le qui devait faire r&eacute;sonner aupr&egrave;s des communaut&eacute;s la parole vivante de l'ap&ocirc;tre. Les successeurs de Paul s'adonneront d'ailleurs &agrave; un v&eacute;ritable travail &eacute;ditorial, dont le d&eacute;tail nous reste pour une grande part inconnu.\n\nLa tradition qui a donn&eacute; naissance aux &eacute;vangiles est essentiellement orale : avant d'&ecirc;tre mis par &eacute;crit, et longtemps apr&egrave;s encore, les textes sont proclam&eacute;s, r&eacute;cit&eacute;s, expliqu&eacute;s, interpr&eacute;t&eacute;s. La gen&egrave;se litt&eacute;raire de chacun des &eacute;vangiles suppose une longue pr&eacute;histoire et probablement plusieurs &eacute;ditions (note 11).","Les conditions de production et de r&eacute;ception des &eacute;crits induisent en outre une certaine variabilit&eacute; : les ap&ocirc;tres et les communaut&eacute;s utilisent les textes dans l'urgence, pour communiquer &agrave; distance ou pour soulager la m&eacute;moire. Dans l'attente pressante de la parousie, le souci premier n'est pas la durabilit&eacute;, mais l'urgence de la mission : l'&eacute;criture est souvent confi&eacute;e &agrave; des scribes occasionnels, la mati&egrave;re du papyrus &agrave; bon march&eacute; est fragile, facilement mutil&eacute;e, rapidement aussi rong&eacute;e par l'encre.\n\nEnfin, la parole re&ccedil;ue est sans cesse actualis&eacute;e, et si des formules liturgiques se fixent, on voit aussi au cours m&ecirc;me du Nouveau Testament l'adaptation et l'invention croyante sans cesse &agrave; l'&oelig;uvre dans de nouvelles formulations k&eacute;rygmatiques ou hymniques.","Le facteur de variabilit&eacute; le plus important est peut-&ecirc;tre le fait que, jusqu'au IIIe si&egrave;cle au moins, nul n'avait l'obsession de la r&eacute;f&eacute;rence scripturaire exacte. Au milieu du IIe si&egrave;cle, Papias &eacute;crivait : &laquo; Je ne pensais pas que des choses qui proviennent des livres me fussent aussi utiles que ce qui vient d'une parole vivante et durable &raquo; (Eus&egrave;be, Hist. Eccl. III,39,4). On constate de fait une &eacute;tonnante libert&eacute; de la citation textuelle : on cite de m&eacute;moire, et ce qui fait norme, c'est la tradition orale toujours vivante, gardienne de la &laquo; r&egrave;gle de la foi &raquo;.","Pour toutes ces raisons, nous pensons que les textes sont longtemps rest&eacute;s &laquo; flottants &raquo;. Nous ne savons pas si la mise par &eacute;crit a donn&eacute; lieu &agrave; une ou plusieurs &eacute;ditions, si elle n'a pas connu tr&egrave;s t&ocirc;t des r&eacute;visions, diff&eacute;rentes selon les destinataires... Enfin, il est ind&eacute;niable que nos manuscrits des IIe et IIIe si&egrave;cles comportent des variantes &laquo; volontaires &raquo;, reflets des ardents d&eacute;bats christologiques qui ont enflamm&eacute; les communaut&eacute;s chr&eacute;tiennes. Nombre de corrections de type doc&egrave;te visent &agrave; &eacute;viter de donner &agrave; J&eacute;sus des sentiments trop humains comme la col&egrave;re : ainsi en Marc 1,41, seuls le codex de B&egrave;ze D05 et plusieurs manuscrits de la vieille latine ont conserv&eacute; la le&ccedil;on &laquo; pris de col&egrave;re &raquo;, alors que l'immense majorit&eacute; de la tradition a adopt&eacute; la le&ccedil;on respectueuse et &eacute;dulcor&eacute;e &laquo; pris de piti&eacute; &raquo; ! Une correction du m&ecirc;me type en Jean 11,33 est visible &agrave; l'&oelig;il nu dans le papyrus p⁶⁶ : le manuscrit est gratt&eacute; et maladroitement corrig&eacute; pour &eacute;viter &agrave; J&eacute;sus un trouble trop humain !","Cet &eacute;tat mouvant du texte au cours du IIe si&egrave;cle est appel&eacute; improprement &laquo; texte occidental &raquo; ; peut-&ecirc;tre serait-il plus prudent aujourd'hui de parler de &laquo; variantes occidentales &raquo;. Les accords nombreux, mais non syst&eacute;matiques, de toute une s&eacute;rie de t&eacute;moins l'attestent :\n\n-pour les &eacute;vangiles : D05, W032 (Marc 1,1&ndash;5,30), la vieille latine, les versions syriaques sina&iuml;tique et curetonienne, le Diatessaron, les P&egrave;res latins anciens.\n\n-pour les Actes : p&sup2;⁹, p&sup3;⁸, p⁴⁸, D05, E08, 2138, syʳᵃⁿᵈ, le codex Glazier (copte Actes 1&ndash;15), un fragment de la syriaque palestinienne syʳⁿᵈ, les P&egrave;res latins anciens.\n\n-pour Paul : D06, F010, G012.\n\nCes t&eacute;moins renforcent l'hypoth&egrave;se d'un texte pr&eacute;-recensionnel, qui nous rapproche par sa diversit&eacute; du texte primitif. Encore faut-il rester prudent, et le caract&egrave;re fragmentaire du texte occidental ainsi que sa diversit&eacute; nous y contraignent. Nous n'en sommes qu'aux premiers pas de la connaissance de l'histoire du texte aux IIe et IIIe si&egrave;cles.\n\nLES DEUX TEXTES DES ACTES DES AP&Ocirc;TRES (note 12)\n\nPlus que tout autre, le cas des Actes des ap&ocirc;tres illustre la particularit&eacute; du texte occidental. L'existence de deux types de texte pour les Actes est connue depuis longtemps :","-un texte dit &laquo; alexandrin &raquo; (TA) donne une version plus courte ; c'est le plus courant, refl&eacute;t&eacute; &agrave; la fois par la tradition &eacute;gyptienne et la tradition syro-byzantine, il est imprim&eacute; aujourd'hui dans le texte standard ;\n\n-un texte appel&eacute; &laquo; texte occidental &raquo; (TO) nous est connu dans quelques papyrus (p&sup3;⁸, p⁴⁸), et surtout dans le codex de B&egrave;ze, &agrave; la fois dans le texte grec (not&eacute; D05) et dans sa traduction latine (not&eacute;e d). Il appara&icirc;t aussi chez les anciens P&egrave;res latins : Ir&eacute;n&eacute;e latin, Tertullien, Cyprien, et enfin dans certaines traditions syriaques anciennes : les fragments palestiniens et les notes marginales de la version de Thomas de Harkel. Les manuscrits refl&eacute;tant le type occidental pr&eacute;sentent en outre de nombreuses diff&eacute;rences entre eux : on compte ainsi 607 variantes dans le codex de B&egrave;ze entre le texte grec et le texte latin qui lui fait face ! Mais surtout, ce texte s'&eacute;carte de fa&ccedil;on impressionnante du texte alexandrin : sur 1007 versets du TA, le texte occidental garde seulement 325 versets identiques ; de plus il ajoute 525 versets et en retranche 162.","La question qui agite les sp&eacute;cialistes depuis plus d'un si&egrave;cle est celle du rapport entre les deux textes : l'un des deux pr&eacute;sente-t-il la r&eacute;daction originelle de Luc, l'autre fournissant une seconde &eacute;dition condens&eacute;e dans un cas, ou au contraire amplifi&eacute;e ? Les travaux ind&eacute;pendants de M.-&Eacute;. Boismard (note 13) et d'E. Delebecque s'accordent pour d&eacute;montrer le style tr&egrave;s lucanien des deux textes. Le travail aujourd'hui porte donc surtout sur les caract&egrave;res propres de chacun des deux textes et notamment du texte occidental.\n\nC.-M. Martini en a &eacute;tudi&eacute; les traits les plus marquants. Le texte occidental fournit des pr&eacute;cisions historiques qui peuvent &ecirc;tre tr&egrave;s anciennes : il pr&eacute;cise ainsi en Actes 19,9 que Paul enseignait dans l'&eacute;cole de Tyrannos &laquo; de la 5e &agrave; la 10e heure &raquo; (c'est-&agrave;-dire de 11 heures &agrave; 16 heures), l'heure chaude o&ugrave; l'&eacute;cole de rh&eacute;torique ne fonctionnait pas. Par ailleurs, il semble souvent second du point de vue litt&eacute;raire ; il accentue l'hostilit&eacute; des chefs du juda&iuml;sme &agrave; l'&eacute;gard de J&eacute;sus et des premi&egrave;res communaut&eacute;s ; il insiste sur les conversions au christianisme en milieu pa&iuml;en, surtout chez les notables ; il renforce l'autorit&eacute; de Pierre et de Paul ; enfin, il souligne encore le r&ocirc;le de l'Esprit saint.","Une variante remarquable concerne en Actes 15,19 la teneur des d&eacute;crets &eacute;dict&eacute;s par les responsables de J&eacute;rusalem &agrave; l'&eacute;gard des pagano-chr&eacute;tiens : &laquo; s'abstenir de la souillure des idoles, de la d&eacute;bauche, de ce qui est &eacute;touff&eacute; et du sang &raquo;. Dans le texte occidental, l'expression rituelle &laquo; ce qui est &eacute;touff&eacute; &raquo; est supprim&eacute;e, et apr&egrave;s &laquo; du sang &raquo;, on trouve une expression de la r&egrave;gle d'or : &laquo; et tout ce qu'ils ne veulent pas qu'il leur arrive, ne pas le faire &agrave; d'autres &raquo;. Il semble bien qu'une obligation morale ait &eacute;t&eacute; substitu&eacute;e &agrave; un point de vue plus rituel.\n\n&Agrave; la fin du IIe si&egrave;cle, les deux textes coexistaient et &eacute;taient re&ccedil;us dans des communaut&eacute;s diff&eacute;rentes ; ils t&eacute;moignent ainsi du caract&egrave;re extraordinairement vivant du texte du Nouveau Testament.\n\n","## 4. LA M&Eacute;THODE DE LA CRITIQUE TEXTUELLE\n\nLe travail du textualiste commence &eacute;videmment par la lente collation des manuscrits diff&eacute;rents. Devant la masse des t&eacute;moins et des variantes, les membres du comit&eacute; qui &eacute;tablit le texte standard ont fait le choix de 1438 lieux variants, pour lesquels un nombre toujours croissant de manuscrits significatifs est observ&eacute; ; la lecture de nombreux fragments de papyri requiert d'ailleurs l'intervention de sp&eacute;cialistes de la pal&eacute;ographie (note 14). De plus en plus aussi, le travail de collation s'&eacute;tend aux versions anciennes (ainsi diff&eacute;rents dialectes coptes offrent des textes de premier int&eacute;r&ecirc;t).\n\nNous n'aborderons ici la critique textuelle qu'&agrave; partir du moment o&ugrave; les sp&eacute;cialistes nous offrent, dans les apparats critiques du Nestle-Aland et surtout du GNT, un mat&eacute;riel d'une richesse et d'une fiabilit&eacute; remarquables. Quels sont les crit&egrave;res alors retenus pour &eacute;tablir le texte ?\n\nOn distingue traditionnellement trois types d'op&eacute;ration critiques : la critique verbale, la critique externe et la critique interne. Les trois op&eacute;rations peuvent th&eacute;oriquement se succ&eacute;der, mais nous verrons &agrave; quel point parfois leurs fronti&egrave;res sont floues et comment le textualiste est amen&eacute; &agrave; faire jouer simultan&eacute;ment plusieurs points de vue critiques.","a) La critique verbale\n\nElle consiste en une sorte de &laquo; toilettage &raquo; du texte qu'il s'agit de d&eacute;barrasser des erreurs de copie grossi&egrave;res ; les plus connues sont la confusion de consonnes sociales (&Lambda; et &Delta;, &Gamma; et P, etc.), la simplification (haplographie) ou au contraire le redoublement (dittographie) d'une consonne, le passage d'une ligne &agrave; l'autre lorsqu'une expression se r&eacute;p&egrave;te (homoio teleuton). D'autres fautes sont dues &agrave; la prononciation ou au caract&egrave;re mouvant de l'orthographe :\n\n-la confusion o \/ &omega; est fr&eacute;quente, ce qui fait h&eacute;siter parfois entre un indicatif et un imp&eacute;ratif : en Romains 5,1, la tradition h&eacute;site entre &laquo; nous sommes en paix &raquo;, et &laquo; soyons en paix &raquo;.","-le ph&eacute;nom&egrave;ne du iotacisme a tout affect&eacute; la prononciation de plusieurs lettres grecques : &eta;, &epsilon;&iota;, &omicron;&iota;, &upsilon; vont se prononcer i. En Matthieu 19,24, le c&eacute;l&egrave;bre logion du &laquo; chameau &raquo; qui ne peut passer par le &laquo; chas de l'aiguille &raquo; a pos&eacute; question ; la plupart des t&eacute;moins portent &laquo; le chameau &raquo;, mais quelques manuscrits tardifs portent &laquo; la grosse corde &raquo;. Est-ce un simple cas de iotacisme, les deux mots se pronon&ccedil;ant avec un i ? ou a-t-on la trace d'un d&eacute;sir d'att&eacute;nuer l'&eacute;tranget&eacute; du texte, puisque &laquo; la grosse corde &raquo; est plus plausible qu'un chameau ? En tout cas, d&egrave;s le Ve si&egrave;cle Cyrille d'Alexandrie atteste cette lecture.\n\nb) La critique externe","Elle doit &ecirc;tre d'abord d&eacute;velopp&eacute;e pour elle-m&ecirc;me. Elle consiste &agrave; comparer pour des le&ccedil;ons variantes le nombre des t&eacute;moins, leur anciennet&eacute; et leur qualit&eacute; intrins&egrave;que. Cependant ni le nombre, ni l'anciennet&eacute; des t&eacute;moins ne sont des crit&egrave;res d&eacute;cisifs : en effet, des t&eacute;moins tr&egrave;s anciens comme le papyrus p⁶⁶ peuvent porter clairement des corrections de type doc&egrave;te. De m&ecirc;me le texte de Marcion refl&egrave;te parfois des tendances ultra-pauliniennes. Ainsi dans l'exemple cit&eacute; plus haut de Romains 5,1, le nombre et l'anciennet&eacute; des t&eacute;moins auraient pu faire pencher pour le subjonctif : les manuscrits 801* et B03* (avant correction) A02, C04, D06, 33, deux manuscrits de la vieille latine, la Vulgate, le syriaque palestinien et la pechitta ont le subjonctif ; au contraire 801 et B03 apr&egrave;s correction et d'autres plus tardifs ont l'indicatif : c'est le contexte didactique et non exhortatif qui a fait choisir l'indicatif aux &eacute;diteurs du texte standard. Faut-il le remettre en question ?","On porte aujourd'hui une attention tr&egrave;s grande au fait qu'une variante est attest&eacute;e dans plusieurs types de texte. Le texte standard sacrifie probablement trop &agrave; la belle tenue du texte &eacute;gyptien et le favorise sans doute &agrave; l'exc&egrave;s ! De fait les variantes occidentales, parce que non recensionnelles, sont d&eacute;sormais de plus en plus valoris&eacute;es. Mais l&agrave; encore, il faut se garder de laisser s'installer un nouveau type de mythe de l'origine. La critique textuelle doit multiplier les crit&egrave;res et rester toujours circonspecte.\n\nc) La critique interne\n\nElle tente d'estimer la valeur respective des variantes pour la compr&eacute;hension du texte ; elle s'appuie sur des crit&egrave;res de coh&eacute;rence interne du texte, de style de l'auteur ; enfin elle doit tenir compte des d&eacute;bats doctrinaux dat&eacute;s dont le texte peut &ecirc;tre le reflet.\n\nUn certain nombre d'adages ou de r&egrave;gles pratiques servent souvent de crit&egrave;res ; ils doivent &ecirc;tre mani&eacute;s avec prudence et doigt&eacute;, car en ces mati&egrave;res il n'y a pas de r&egrave;gle absolue :\n\n-lectio brevior : la le&ccedil;on la plus courte est la plus probable ; les scribes ont toujours tendance &agrave; pr&eacute;ciser, &agrave; expliquer pour faciliter la lecture.","-lectio difficilior : la le&ccedil;on la plus difficile est plus probable pour les m&ecirc;mes raisons ; on corrige un texte pour le rendre plus accessible et non pour le rendre obscur !\n\n-lectio difformis : dans les passages parall&egrave;les des &eacute;vangiles, une le&ccedil;on diff&eacute;rente sera pr&eacute;f&eacute;r&eacute;e, car elle a &eacute;chapp&eacute; &agrave; la tendance g&eacute;n&eacute;rale &agrave; l'uniformisation ;\n\n-lectio quae alias explicat : il faut enfin toujours pr&eacute;f&eacute;rer la le&ccedil;on qui explique les autres et que l'on peut donc d&eacute;signer comme &laquo; variante-source &raquo;. Tischendorf consid&eacute;rait que c'&eacute;tait &laquo; la premi&egrave;re de toutes les r&egrave;gles &raquo; ; elle englobe toutes les autres et doit &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute;e comme le crit&egrave;re essentiel pour l'&eacute;tablissement du texte. L. Vaganay l'appelait joliment le &laquo; fil d'Ariane &raquo; du textualiste.\n\nNous montrerons sur quelques exemples que ces r&egrave;gles restent toujours indicatives, et que le textualiste est amen&eacute; &agrave; dialoguer avec la critique litt&eacute;raire, en tenant compte du contexte proche, du vocabulaire et du style propres d'un auteur, et parfois m&ecirc;me du projet litt&eacute;raire et th&eacute;ologique d'une &oelig;uvre.","1. Un premier travail consiste &agrave; rep&eacute;rer les &laquo; gloses &raquo; ou explications ajout&eacute;es en marge, qui ont pu p&eacute;n&eacute;trer dans le texte au cours des copies successives. On est alors &agrave; la fronti&egrave;re de la critique verbale, mais les trois approches se r&eacute;v&egrave;lent souvent n&eacute;cessaires. C'est la question que pose le d&eacute;but de la lettre aux &Eacute;ph&eacute;siens : l'inscriptio porte dans tous les manuscrits que nous poss&eacute;dons &laquo; Aux &Eacute;ph&eacute;siens &raquo;. Tertullien toutefois nous apprend que Marcion la tenait pour une lettre &laquo; Aux Laodic&eacute;ens &raquo;. Dans l'adresse aux destinataires de 1,1, le compl&eacute;ment &laquo; &agrave; &Eacute;ph&egrave;se &raquo;, qui devrait suivre le participe du verbe &ecirc;tre &laquo; aux saints qui sont... &raquo;, est absent de t&eacute;moins importants : p⁶⁶, 8* (avant correction), B*, 1739, Marcion d'apr&egrave;s Tertullien, Orig&egrave;ne, Basile ; il est ajout&eacute; dans la marge de 8 et de B ; il est enfin entr&eacute; dans le texte de A, D, F, G, la vieille latine et la Vulgate. Il faut noter que l'absence de l'article devant le participe dans p⁶⁶ rend le texte lisible : &laquo; &agrave; ceux qui sont saints &raquo;. C'est certainement la le&ccedil;on la plus courte, la plus difficile, et probablement la &laquo; variante-source &raquo;. La lettre se pr&eacute;sentait-elle comme une lettre circulaire envoy&eacute;es aux &Eacute;glises, chacune pouvant glisser son nom dans le texte ? Ce serait un cas unique, et nous devrions avoir des attestations de destinataires plus nombreux. L'absence premi&egrave;re de destinataire pr&eacute;cis a-t-elle &eacute;t&eacute; corrig&eacute;e au cours du IIe si&egrave;cle ? &Agrave; la fin du si&egrave;cle, Ir&eacute;n&eacute;e, puis le canon de Muratori la re&ccedil;oivent comme lettre &laquo; aux &Eacute;ph&eacute;siens &raquo; (note 15).","La question complexe de la salutation et de la doxologie finale de la lettre aux Romains est du m&ecirc;me ordre : elle sugg&egrave;re des &eacute;ditions diverses de la lettre, priv&eacute;e notamment de ses deux derniers chapitres en milieu marcionite (note 16).\n\n2. La critique interne reste proche encore de la critique verbale lorsqu'elle d&eacute;tecte les harmonisations entre passages parall&egrave;les, surtout dans les &eacute;vangiles. Il s'agit d'une tendance souvent inconsciente du scribe qui conna&icirc;t par c&oelig;ur le texte le plus r&eacute;pandu, g&eacute;n&eacute;ralement l'&eacute;vangile de Matthieu, et qui aligne sur lui les autres &eacute;vangiles. En r&eacute;f&eacute;rence &agrave; l'entreprise de Tatien dans son Diatessaron, ou &laquo; &Eacute;vangile des m&eacute;lang&eacute;s &raquo;, on parle parfois de &laquo; tatianismes &raquo;. Le ph&eacute;nom&egrave;ne d'ailleurs joue encore aujourd'hui chez bien des lecteurs qui m&eacute;langent les &eacute;vangiles et tentent plus ou moins consciemment de r&eacute;duire les tensions, voire les contradictions des textes !","Un exemple tout &agrave; fait remarquable est celui du &laquo; Notre P&egrave;re &raquo; dans la version de Luc (Luc 11,2-4). La majeure partie de la tradition manuscrite, les grands onciaux &kappa;, &Alpha;, D, W, &Theta;, les familles f&sup1; et f13, la foule des minuscules byzantins, la vieille latine et la Vulgate ajoutent aux cinq demandes de Luc les deux demandes suppl&eacute;mentaires de Matthieu ; le Vaticanus B03, la syriaque sina&iuml;tique, Marcion, Orig&egrave;ne, Augustin nous ont conserv&eacute; le texte court, dont l'anciennet&eacute; est confirm&eacute;e par le papyrus p⁷⁸.","Un autre cas frappant est le logion de Matthieu 24,36, qui trouve un parall&egrave;le en Marc 13,32 : &laquo; Personne ne les conna&icirc;t, ni les anges du ciel, et pas m&ecirc;me le Fils, sinon le P&egrave;re et lui seul &raquo;. Mais tandis que le texte de Marc porte &agrave; peu pr&egrave;s constamment : &laquo; et pas m&ecirc;me le Fils &raquo;, la tradition du texte matth&eacute;en se divise. Si le manuscrit &Alpha; est amput&eacute; de la majeure partie de l'&eacute;vangile de Matthieu, la tradition byzantine dans son ensemble ne comporte pas l'expression &laquo; et pas m&ecirc;me le Fils &raquo; ; de m&ecirc;me f&sup1;, 33, les lectionnaires, la Vulgate, la Pechitt&agrave;, la syriaque sina&iuml;tique et le copte. Inversement, les traditions &eacute;gyptienne et c&eacute;sar&eacute;enne d'une part (&Beta;, &Theta;, &kappa;, f13, Orig&egrave;ne), la tradition occidentale de l'autre (D, la vieille latine, la syriaque palestinienne), la comportent. La critique externe pousserait donc &agrave; conserver l'expression. M&ecirc;me si le crit&egrave;re de la lectio difformis n'est pas respect&eacute;, la critique interne voit dans le maintien de l'expression la lectio difficilior ; un aveu d'ignorance de la part du Fils ne pouvait que choquer la sensibilit&eacute; chr&eacute;tienne port&eacute;e &agrave; d&eacute;velopper une haute christologie. Au contraire, la suppression de l'expression semble due &agrave; une intervention de type doc&egrave;te. Pour que le logion soit aussi stable chez Marc, il faut qu'il ait &eacute;t&eacute; attest&eacute; et fermement maintenu &agrave; date ancienne. Faut-il en conclure que la tradition byzantine a corrig&eacute; le texte matth&eacute;en ? C'est ce que font les &eacute;diteurs du texte standard en retenant &laquo; et pas m&ecirc;me le Fils &raquo;. Toutefois, dans le GNT, les membres du Comit&eacute; affectent le choix de la variante de la cote (B), qui suppose au moins une opposition. De fait, ne peut-on penser que la haute christologie &agrave; l'&oelig;uvre dans la r&eacute;daction finale de l'&eacute;vangile de Matthieu avait d&eacute;j&agrave; transform&eacute; le logion ancien ?","3. Un exemple tir&eacute; de l'&eacute;vangile de Jean permettra de saisir comme sur le vif les conflits doctrinaux qui ont agit&eacute; le IIe si&egrave;cle : En Jean 1,11, les papyri p⁶⁶ et p⁷⁸, tous les grands onciaux et les minuscules, c'est-&agrave;-dire &agrave; la fois la tradition &eacute;gyptienne et la tradition byzantine, ainsi que le codex de B&egrave;ze, lisent : &laquo; eux qui ne sont pas n&eacute;s des sangs, ni d'un vouloir de chair... &raquo;, ce qui caract&eacute;rise les croyants. Toutefois, un manuscrit de la vieille latine (b) et les P&egrave;res latins les plus anciens &mdash; Ir&eacute;n&eacute;e latin, Orig&egrave;ne latin (pour la moiti&eacute; des occurrences), Tertullien, Ambroise, Augustin, J&eacute;r&ocirc;me (pour le tiers des occurrences) &mdash; ont la phrase au singulier se rapportant au Christ : &laquo; lui qui n'est pas n&eacute; des sangs... &raquo;. Le poids de la critique externe est tel que la discussion peut d'abord sembler inutile. Mais les t&eacute;moins latins remontent au milieu du IIe si&egrave;cle. S'agit-il, dans le conflit christologique, d'une affirmation de type doc&egrave;te, ou d'une affirmation de la virginit&eacute; de Marie ? Ir&eacute;n&eacute;e (Contre les H&eacute;r&eacute;sies III 16,2) et Tertullien (De la chair du Christ XIX) lisent le texte au singulier en l'appliquant &agrave; la conception virginale. Tertullien, d'ailleurs, accuse les gnostiques valentiniens de l'avoir corrompu en le mettant au pluriel pour soutenir leur conception du chr&eacute;tien &laquo; spirituel &raquo;. Au Ve si&egrave;cle, Cyrille lit le pluriel et fait le lien entre la conception virginale et le bapt&ecirc;me des chr&eacute;tiens comme naissance d'en haut.","4. Nous dirons un mot pour finir de la question que posent certains versets (voire p&eacute;ricopes) absents d'une bonne partie de la tradition manuscrite, alors que l'autre partie les conna&icirc;t. Il s'agit notamment de la p&eacute;ricope de la femme adult&egrave;re, mais aussi chez Luc de l'agonie &agrave; Geths&eacute;man&eacute; (Luc 22,43-44), ou du &laquo; P&egrave;re pardonne-leur &raquo; (Luc 23,34). La d&eacute;cision des &eacute;diteurs du texte standard est d'imprimer ces versets dans le texte, mais entour&eacute;s d'un double crochet, qui dit l'incertitude de la tradition, ou parfois le fait que le passage n'appartient pas au texte d'origine mais est reconnu comme une tradition chr&eacute;tienne ancienne. Ce sont des cas o&ugrave;, de fa&ccedil;on particuli&egrave;rement nette, la critique textuelle doit entrer en dialogue avec la critique litt&eacute;raire, sans perdre toutefois sa sp&eacute;cificit&eacute;.","Le texte de Luc 22,43-44 illustre bien la difficult&eacute; : les deux versets qui insistent sur l'agonie terrible de J&eacute;sus au jardin des oliviers, soutenu par un ange, sont absents de bon nombre de grands onciaux (&kappa;, &Alpha;, &Beta;, W), du papyrus p⁷⁸, de f13, de la syriaque sina&iuml;tique, d'Ambroise et de J&eacute;r&ocirc;me, d'Orig&egrave;ne. Au contraire, ils sont pr&eacute;sents dans le codex de B&egrave;ze D, &Theta;, f&sup1;, la vieille latine, la syriaque curetonienne et la Pechitt&agrave;, la Vulgate, Justin et Ir&eacute;n&eacute;e. La situation est donc tr&egrave;s confuse, mais l'omission para&icirc;t en grande partie &eacute;gyptienne : une tr&egrave;s haute christologie a pu refuser d'attribuer au Christ une telle angoisse et d'imaginer qu'un ange puisse le r&eacute;conforter ! Cependant, la critique interne ne peut discerner clairement la &laquo; variante-source &raquo;, car on a aussi pu arguer de la volont&eacute; d'insister sur l'humanit&eacute; de J&eacute;sus. Elle tente donc de s'appuyer sur des crit&egrave;res stylistiques. Plusieurs mots du verset 44 sont des hapax dans l'&oelig;uvre de Luc ; faut-il pour autant les interdire &agrave; l'auteur ? Enfin, elle tient compte de l'&eacute;conomie d'ensemble du r&eacute;cit de la Passion : si le J&eacute;sus de Luc meurt sereinement sur la croix en remettant son esprit entre les mains du P&egrave;re, l'auteur n'a-t-il pas voulu r&eacute;&eacute;quilibrer la figure en exprimant d'abord l'angoisse tr&egrave;s humaine du Fils dans cette sc&egrave;ne d&eacute;cisive ?","La discussion de cet exemple a fait intervenir des &eacute;l&eacute;ments de critique litt&eacute;raire : d'abord la notion de &laquo; vocabulaire &raquo; d'un auteur, li&eacute; &agrave; ses habitudes stylistiques, puis la construction d'ensemble d'un r&eacute;cit. Ce type de critique s'est d&eacute;velopp&eacute; sous le nom de &laquo; critique rationnelle &raquo;. Elle insiste sur le style propre d'un auteur, mais aussi sur le caract&egrave;re plus ou moins litt&eacute;raire du grec utilis&eacute;. Son int&eacute;r&ecirc;t est grand, mais elle n'est pas &agrave; l'abri de certains risques et notamment d'un risque de cercle vicieux : on &eacute;tablit le texte d'un auteur &agrave; partir d'un vocabulaire et de traits de style observ&eacute;s... sur le texte &eacute;tabli ! Encore une fois, la prudence est de rigueur.\n\nSi le double crochet du texte standard demeure tr&egrave;s ambigu puisqu'il manifeste un refus de choisir, il a cependant l'int&eacute;r&ecirc;t de souligner imm&eacute;diatement au lecteur la variabilit&eacute; du texte dans des passages aussi importants !\n\n","## 5. PERSPECTIVES NOUVELLES DE LA CRITIQUE TEXTUELLE\n\nL'uniformisation du texte standard ne doit pas faire illusion : le texte du Nouveau Testament t&eacute;moigne de la vie des communaut&eacute;s chr&eacute;tiennes &agrave; travers les si&egrave;cles.\n\nCe que la critique textuelle souligne avant toute chose, c'est le statut absolument original des &Eacute;critures chr&eacute;tiennes ; le texte n'a jamais &eacute;t&eacute; vraiment fix&eacute;, et la diversit&eacute; de nos traductions modernes atteste probablement aujourd'hui que la m&ecirc;me libert&eacute; reste &agrave; l'&oelig;uvre dans la transmission des &Eacute;critures.\n\nLa critique textuelle continue son lent travail de mise &agrave; jour des innombrables variantes qui ont affect&eacute; le texte du Nouveau Testament : les derni&egrave;res &eacute;ditions du GNT (4e) et du Nestle-Aland (27e) offrent des apparats toujours plus riches et plus pr&eacute;cis. Sous l'&eacute;gide de K. Aland, la s&eacute;rie ANTF (Arbeit zur neutestamentlichen Textforschung) a &eacute;dit&eacute; les collations de plusieurs papyri, et d&eacute;sormais les collations de tous les manuscrits, &oelig;uvre par &oelig;uvre.","Mais d'autres formes de recherche se multiplient, notamment autour du texte occidental dans sa diversit&eacute; : on citera notamment les travaux de M.-&Eacute;. Boismard et A. Lamouille sur le texte occidental des Actes des ap&ocirc;tres ; de plus, apr&egrave;s la traduction par E. Delebecque du codex de B&egrave;ze pour les Actes des ap&ocirc;tres, D.C. Parker a &eacute;dit&eacute; le Codex de B&egrave;ze, dont C.-B. Amphoux a publi&eacute; et traduit le texte de Matthieu. L'immense effort entrepris par J. Duplacy sur les citations des P&egrave;res de l'&Eacute;glise se poursuit notamment au Centre d'analyse et de documentation patristique de Strasbourg, qui &eacute;dite la Biblia patristica. Enfin, des versions de plus en plus nombreuses (copte, &eacute;thiopien, g&eacute;orgien, etc.) sont &eacute;tudi&eacute;es ; un travail de grande ampleur se poursuit sur la Vulgate, un autre est entrepris sur la vieille latine.","Ces travaux permettront d'affiner la th&eacute;orie des grands &laquo; &eacute;tats du texte &raquo;. Ils permettent d&eacute;j&agrave; au lecteur de garder une attitude plus critique par rapport au caract&egrave;re trop &eacute;gyptien du texte standard, mais aussi de rester prudent face &agrave; la tentation toujours renaissante du mythe de l'origine : il faut faire notre deuil de l'illusion du &laquo; texte original &raquo;, et accepter de nous en remettre aux t&eacute;moignages divers des communaut&eacute;s eccl&eacute;siales. Ils dessinent un rapport au texte qui invite &agrave; la libert&eacute;.\n\n","## 6. BIBLIOGRAPHIE\n\n&Agrave; lire en priorit&eacute;\n\nRoselyne Dupont-Roc, Philippe Mercier, &laquo; Les manuscrits de la Bible et la critique textuelle &raquo;, Cahiers &Eacute;vangile 102, Paris, Cerf, 1998.\n\n&Eacute;ditions critiques\n\nThe Greek New Testament, &eacute;d. par Kurt Aland, Bruce M. Metzger et alii, Londres-New York, United Bible Societies, 1966, 1983⁴, r&eacute;vis&eacute;e 1993 ; NESTLE-ALAND, Novum Testamentum Graece, Stuttgart, Deutsche Bibelgesellschaft, 1898, 1991&sup2;⁷, r&eacute;vis&eacute;e 1993.\n\nManuels\n\nL&eacute;on Vaganay, Christian-Bernard Amphoux, Introduction &agrave; la critique textuelle du Nouveau Testament, Paris, Cerf, 1986 (reprise par C.-B. Amphoux du manuel de L. Vaganay de 1933) ;\n\nJack Finegan, Encountering New Testament Manuscripts : A Working Introduction to Textual Criticism, Londres, SPCK, 1975 ;\n\nBruce M. Metzger, The Text of the New Testament. Its Transmission, Corruption and Restoration, Oxford, Clarendon Press, 1964, 1968&sup2; ;\n\nId., A Textual Commentary on the Greek New Testament, Londres-New York, United Bible Societies, 1971, 1994&sup2; ;\n\nId., The Early Versions of the New Testament. Their Origin, Transmission and Limitations, Oxford, Clarendon Press, 1977 ;\n\nId., Manuscripts of the Greek Bible. An Introduction to Greek Paleography, New York-Oxford, Oxford University Press, 1981.\n\nListes et bibliographie des manuscrits","Kurt et Barbara Aland, Der Text des Neuen Testaments, Stuttgart, Deutsche Bibelgesellschaft, 1982 (trad. angl. : The Text of the New Testament, Grand Rapids\/Leiden, Eerdmans\/Brill, 1987) ;\n\nKurt Aland, Kurzgefasste Liste der griechischen Handschriften des Neuen Testaments (ANTF 1), Berlin, de Gruyter, 1994 ;\n\nJames K. Elliott, A Bibliography of Greek New Testament Manuscripts (SNTS. MS109), Cambridge, Cambridge University Press, 2000&sup2;.\n\n","# NOTES DE BAS DE PAGE\n\n1&nbsp;: Voir plus haut, p. 66-67.\n\n2&nbsp;: Le mot &laquo; onciale &raquo; est d&eacute;riv&eacute; du latin uncia qui signifie &laquo; un douzi&egrave;me &raquo;. Le nom d'onciale vient probablement du fait que la lettre majuscule de forme arrondie occupait en gros un douzi&egrave;me de la ligne.\n\n3&nbsp;: Voir plus haut p. 244-245.\n\n4&nbsp;: Voir plus haut p. 493 et 504.\n\n5&nbsp;: Apr&egrave;s la mise &agrave; jour de Kurt Aland, Kurzgefasste Liste der griechischen Handschriften des Neuen Testaments (ANTF 1), Berlin, de Gruyter, 1994, une derni&egrave;re mise au point de la liste des manuscrits grecs du Nouveau Testament a &eacute;t&eacute; donn&eacute;e par James K. Elliott, A Bibliography of Greek New Testament Manuscripts (SNTS MS 109), Cambridge, Cambridge University Press, 2000.\n\n6&nbsp;: Fascin&eacute;e par l'anciennet&eacute; des papyri, la grande presse s'empare de temps &agrave; autre d'hypoth&egrave;ses audacieuses, sinon fond&eacute;es, comme celles de Carsten Thiede : ce savant avait pr&eacute;tendu qu'un fragment grec de Matthieu, le p⁶⁴, datait des ann&eacute;es 50. En fait les fragments p⁴⁴, p45 et p⁴ semblent provenir d'un m&ecirc;me codex des quatre &eacute;vangiles datant de la fin du IIe si&egrave;cle.\n\n7&nbsp;: Voir plus haut p. 371.\n\n8&nbsp;: Voir plus haut p. 66.\n\n9&nbsp;: Voir plus haut p. 66.","10&nbsp;: Jean Duplacy, &laquo; Classification des &eacute;tats d'un texte, math&eacute;matique et informatique : rep&egrave;res historiques et recherches m&eacute;thodologiques &raquo;, Revue d'Histoire des Textes 5, 1975, p. 249-309.\n\n11&nbsp;: Cela est &eacute;vident pour l'&eacute;vangile de Jean qui comporte deux finales ; voir plus haut p. 372.\n\n12&nbsp;: Voir plus haut p. 135-136.\n\n13&nbsp;: Marie-&Eacute;mile Boismard, Le Texte occidental des Actes des Ap&ocirc;tres (EtB 40), Paris, Gabalda, 2000.\n\n14&nbsp;: Le travail de collation et de v&eacute;rification des manuscrits grecs est essentiellement assur&eacute; par l'Institut pour la Recherche sur le Texte du Nouveau Testament &agrave; M&uuml;nster.\n\n15&nbsp;: Voir plus haut p. 306.\n\n16 : Voir plus haut p. 187."],"max_workers":4,"created_at":"2026-03-02 09:00:54","user_id":1,"total_sections":63}