{"success":true,"data":"# L'inscription araméenne de Deir 'Alla\n\nEn 1967, des inscriptions araméennes ont été découvertes à Deir 'Alla, en Jordanie. Ce site est situé au nord d'Amman, à la confluence du Yabboq et du Jourdain. Parmi ces inscriptions, un texte en mauvais état témoigne d’un « prophétisme » proche-oriental. Ce dernier, reproduit sur un mur enduit de plâtre, date de la première moitié du VIIIe siècle avant notre ère (le contenu pourrait être plus ancien, en raison d’un stade plus archaïque de la langue). \n\nDans ce texte, il est question du voyant Balaam, fils de Béor, le même dont parle Nombres 22–24.\n\n---\n\n## Extrait de l’inscription de Deir 'Alla (début du texte)\n\n*Admonitions du livre de Balaam, fils de Béor, l’homme même qui voit les dieux. Les dieux vinrent vers lui, de nuit, et il vit une vision, comme un oracle d’Él. Et ils dirent à Balaam, fils de Béor : \"Il fera merveille après lui celui qui ne verra pas ce que tu as entendu.\"*\n\n*Et Balaam se leva le lendemain matin. Voici, à l’approche de la troisième heure, il invita les chefs de l’assemblée chez lui, mais ce jour-là, il jeûna et pleura abondamment. Son peuple monta chez lui et lui dit : \"Balaam, fils de Béor, pourquoi jeûnes-tu ? et pourquoi pleures-tu ?\"*\n\n*Il leur répondit : \"Asseyez-vous. Je vais vous montrer ce que les Puissants ont décidé.\"*\n\n*Et allez, voyez les œuvres des dieux. Les dieux se sont réunis et les Puissants ont tenu conseil, et ils dirent à Shagar : \"Tu peux briser les verrous des cieux par des nuages sombres, de sorte que la ténèbre l’emporte sur la lumière, l’obscurité sur la clarté. Ainsi, tu vas provoquer la terreur par des nuages de ténèbre, et ne les retire plus jamais !\"*\n\n*Les autres passages évoquent diverses créatures et phénomènes naturels, symbolisant la puissance divine et la peur qu’elle inspire.*\n\n---\n\n## Analyse du texte\n\nLa première ligne attribue le texte à Balaam, « l’homme qui voit les dieux » ou « visionnaire des dieux ». La formule « admonitions du livre de Balaam, fils de Béor » pourrait indiquer une copie d’un ouvrage intitulé ainsi. La langue suggère que ce texte était beaucoup plus ancien, probablement contemporain d’Amos et d’Osée.\n\nL’inscription raconte la venue nocturne de divinités chez Balaam, suivie de ses pleurs le lendemain, suite à un message reçu d’un dieu, probablement Él, dont le sanctuaire était à Pénuel (« face de Él »). Le contenu précis de ce message reste flou, mais il semble annoncer un malheur ou maudire des adversaires du dieu.\n\nLe voyant convoque alors les responsables du peuple, jeûne et pleure pendant deux jours, provoquant des questions. Il leur explique que les « Puissants » (les Sheddayin) ont tenu conseil, demandant à la déesse Shagar (ou peut-être Shamash, le soleil) de fermer les cieux avec des nuages sombres, afin de semer la panique parmi les animaux et les hommes.\n\nIl consulte alors divers oracles, prêtresses, et fait des actions liturgiques. Divers augures s’expriment, mais la confiance se porte finalement sur le sage, qui est oint avec de l’huile d’olive pour présenter une libation.\n\n---\n\n## Contexte et interprétation\n\nCe texte évoque des traditions locales concernant un voyant connu, Balaam, mentionné dans la Bible (Nombres 22–24). La figure de Balaam y est associée à des malédictions et bénédictions, inscrites dans une tradition commune.\n\nDans la Bible, Balaam est un non-Israélite de Transjordanie, dont la profession est de proférer des malédictions. Les discours bibliques de Balaam commencent par des mots proches de ceux de l’inscription :\n\n> « Oracle de Balaam, fils de Béor, oracle de l’homme au regard pénétrant, oracle de celui qui écoute les paroles de Dieu, celui qui voit ce que Shaddaï fait voir, et dont les yeux s’ouvrent » (Nb 24,3-4).\n\n---\n\n## Signification et implications\n\nL’inscription de Deir 'Alla suggère l’existence d’intermédiaires entre les dieux et les hommes dans la région palestinienne. Son état fragmentaire limite toutefois les conclusions. Elle donne un aperçu de pratiques divinatoires (incantations, magie, etc.), condamnées par Deutéronome 18,9-12, qui vise notamment les Moabites et Ammonites.\n\n---\n\n**Note :**  \nCe document témoigne d’un riche patrimoine religieux et divinatoire, mêlant traditions locales, textes bibliques et pratiques magiques, illustrant la complexité religieuse de l’époque.","original":"## L'inscription aram&eacute;enne de Deir 'Alla\n\nDes inscriptions aram&eacute;ennes ont &eacute;t&eacute; d&eacute;couvertes en 1967 &agrave; Deir 'Alla, en Jordanie. L'endroit est situ&eacute; au nord d'Amman, au confluent du Yabboq et du Jourdain. Parmi ces inscriptions, un texte en assez mauvais &eacute;tat t&eacute;moigne du &laquo; proph&eacute;tisme &raquo; proche-oriental. Ce dernier, reproduit sur un mur enduit de pl&acirc;tre, date de la premi&egrave;re moiti&eacute; du 8ᵉ si&egrave;cle avant notre &egrave;re (le contenu pourrait &ecirc;tre plus ancien, en raison d'un stade plus archa&iuml;que de la langue). Dans ce texte, il est question du voyant Balaam, fils de B&eacute;or, le m&ecirc;me dont parle Nb 22&ndash;24.\n\nL'inscription de Deir 'Alla (extrait &ndash; d&eacute;but du texte) :\n\nAdmonitions du li[vre de Ba]laam, fils de B&eacute;or, l'homme m&ecirc;me qui voit les dieux. Les dieux vinrent vers lui, de nuit, [et] il vit une vision, comme un oracle de &Eacute;l. Et ils dirent &agrave; Ba[laa]m, fils de B&eacute;or : 'Il fera merveille apr&egrave;s lui celui qui ne ve[rra] pas [ce] que tu as [en]tendu.' Et Balaam se leva le lendemain matin. Voici, &agrave; l'approche de la troisi&egrave;me (heure), il invita les c[hefs de l]assembl&eacute;e chez lui, mais [ce] jour[-l&agrave;], il je&ucirc;na et il pleura abondamment. Et son peuple monta chez lui e[t ils l]ui dirent : 'Balaam, fils de B&eacute;or, pourquoi je&ucirc;nes-tu ? et pourquoi pleures-tu ?' Et il leur dit : 'Asseyez-vous. Je vais vous montrer ce que les Puissa[nts ont d&eacute;cid&eacute;]. Et allez, voyez les &oelig;uvres des dieux. Les dieux se sont r&eacute;unis et les Puissants ont tenu conseil, et ils ont dit &agrave; Sha[gar] : 'Tu peux briser les verrous des cieux par de (sombres) nuages, (de sorte) que soit l&agrave; la t&eacute;n&egrave;bre et non l'&eacute;clat, l'obscurit&eacute; et non la clart&eacute;, ainsi tu vas provoquer la terreur [par des nua]ges de t&eacute;n&egrave;bre, et ne (les) retire plus &agrave; jamais ! Car l'hirondelle a raill&eacute; l'aigle, et la nich&eacute;e des vautours a r&eacute;pondu, la ci[cogne] les petits du nhs et la chouette les poussins du h&eacute;ron, la colombe les rapaces, le pigeon et le moineau [qui vole dans le ci]el et le b&acirc;ton [a assomm&eacute; le tr]oupeau, &agrave; l'endroit o&ugrave; la houlette m&egrave;ne pa&icirc;tre les brebis, les li&egrave;vres ont mang&eacute; ensemble, ont cherch&eacute;[&eacute; de la nourritu]re, les b&ecirc;tes des [champs] et les [...] ont bu du vin, et les l&eacute;opards ont &eacute;cout&eacute; l'admonition. Les adversaires de Sha[gar] ont attendu [...]. Et le sage, des sages, se moque[ra], et l'oracle, la parfumeuse de myrrhe, et la pr&ecirc;tresse [l'huil]e &eacute;puise(ra) [mais le sage avec de l'huil]e d'olive s'est [oint] pour pr&eacute;senter la libation de la corne. Un augure, un augure et un augure. Un au[gure] s'est s&eacute;par&eacute; de [ses] coll&egrave;gue[s et,] satur&eacute;s, ils sont partis confiants dans le sage] et ils ont &eacute;cout&eacute; les incantations de loin.\n\nLa premi&egrave;re ligne attribue le texte &agrave; Balaam, fils de B&eacute;or, &laquo; l'homme qui voit les dieux &raquo;, &laquo; visionnaire des dieux &raquo;. Le texte pr&eacute;cise d'embl&eacute;e le contenu de l'inscription : &laquo; admonitions du livre de Balaam, fils de B&eacute;or, l'homme qui voit les dieux &raquo;. Ce peut &ecirc;tre la copie d'un passage d'un ouvrage intitul&eacute; : &laquo; Livre de Balaam fils de B&eacute;or, l'homme qui voit les dieux &raquo;. La langue semble indiquer que ce texte &eacute;tait beaucoup plus ancien. La copie plus tardive est quasi-contemporaine d'Amos et d'Os&eacute;e. L'inscription raconte la venue nocturne de divinit&eacute;s chez Balaam. Le lendemain Balaam pleure &agrave; cause d'un message re&ccedil;u d'un de ces dieux : une vision nocturne, un oracle du dieu El qui avait un sanctuaire &agrave; P&eacute;nuel (&laquo; face de El &raquo;). Le contenu du message n'est pas clair. Apparemment, il annonce un malheur, une s&eacute;rie de cataclysmes, ou maudit les adversaires du dieu. Le voyant convoque les responsables du peuple, et commence par une action proph&eacute;tique en je&ucirc;nant et en pleurant pendant deux jours. Il provoque ainsi les questions de ses visiteurs. Balaam leur explique la d&eacute;cision des &laquo; Puissants &raquo; (les Sheddayin) lors d'un conseil des dieux (&Eacute;lohim). Ce clan divin a demand&eacute; &agrave; la d&eacute;esse Shagar (certains lisent ici Shamash, soleil) de fermer les cieux par des nuages sombres et de provoquer la panique parmi les animaux. Il est demand&eacute; d'attendre quelqu'un ou un &eacute;v&eacute;nement. Alors le sage consulte les sages, les oracles, la parfumeuse, la pr&ecirc;tresse et on proc&egrave;de &agrave; des actions &laquo; liturgiques &raquo;. Divers augures s'expriment, mais on fait finalement confiance au sage. La suite du texte n'est pas disponible. On a affaire ici &agrave; des traditions locales concernant un voyant connu, mentionn&eacute; dans la Bible, Balaam, fil de B&eacute;or, dans le m&ecirc;me territoire des Ammonites. Des mal&eacute;dictions et des b&eacute;n&eacute;dictions sont attach&eacute;es &agrave; la figure de ce voyant, comme en Nb 22&ndash;24. Le texte biblique de Nb 22&ndash;24 rel&egrave;verait de la m&ecirc;me tradition. Dans le livre des Nombres, Balaam est un non-isra&eacute;lite de Transjordanie, qui a pour profession de prof&eacute;rer des mal&eacute;dictions. Le Balaam biblique ouvre deux de ses discours par ces mots &agrave; rapprocher avec l'inscription :\n\n&laquo; Oracle de Balaam, fils de B&eacute;or, oracle de l'homme au regard p&eacute;n&eacute;trant, oracle de celui qui &eacute;coutes les paroles de Dieu, (de celui qui sait la science de Dieu). Il voit ce que Shadda&iuml; fait voir, il obtient la r&eacute;ponse divine et ses yeux s'ouvrent &raquo; (Nb 24,3-4, r&eacute;p&eacute;t&eacute; aux v. 15-16).\n\nLe texte aram&eacute;en de Deir &lsquo;Alla &eacute;voque l'existence d'interm&eacute;diaires entre les dieux et les hommes dans la r&eacute;gion palestinienne. Son &eacute;tat fragmentaire limite les d&eacute;ductions. Il donne un exemple de pratiques divinatoires (incantations, magie, ...), condamn&eacute;es par Dt 18,9-12 qui vise pr&eacute;cis&eacute;ment les moabites et les ammonites dont on veut se d&eacute;partir.\n\n**&nbsp;**","tokens":1616,"job_id":"vps_1772442765_3c215b7b","section_id":3}