["# Le prophétisme en Mésopotamie\n\nCette partie abordera trois points :\n\n- Le « prophétisme » dans les lettres de Mari  \n- La divination en Mésopotamie à l'époque néo-assyrienne  \n- Les rapprochements avec le prophétisme israélite","# Le « prophétisme » des lettres de Mari\n\nLa cité royale de Mari, située sur le Moyen-Euphrate, se trouve à l'extrême sud-est de la Syrie actuelle, à la frontière avec l'Irak. Les fouilles menées entre 1933 et 1939 par André Parrot ont révélé d'importantes archives royales : plusieurs milliers de textes inscrits sur des tablettes d'argile, environ 20 000 en akkadien. Ces tablettes constituent une source précieuse pour la connaissance des civilisations mésopotamiennes et ont permis de mieux comprendre le prophétisme dans le Proche-Orient ancien.\n\nUn ensemble de textes, datant du IIe millénaire avant notre ère, attestent l'existence de prophètes au service des dieux mésopotamiens. Parmi ces divinités, Dagan et Hadad sont les plus connus, mentionnées directement ou indirectement dans la Bible. Hadad est un dieu jeune et guerrier, symbolisé par la foudre (un faisceau de dards en zigzag représentant la foudre, un attribut également associé à Zeus) et la massue. Son animal symbolique est le taureau. Dagan (anciennement Dagon) n’a pas de représentation connue avant le IVe siècle, où il est représenté sous la forme d’un poisson (le mot hébreu « dag » signifie « poisson »).\n\nCes textes proviennent de la correspondance diplomatique de Mari : environ 1800 lettres datant des XVIIIe et XIXe siècles, dont la majorité est issue du règne de Zimri-Lim, dernier roi de Mari (1775-1761). Zimri-Lim était contemporain d’Hammourabi, avec lequel il forma une alliance temporaire. Cependant, cette alliance se retournera contre lui. La ville de Mari sera détruite vers 1750 par Hammourabi, roi de Babylone, lors de la 33e année du règne de Zimri-Lim.","# L'inscription araméenne de Deir 'Alla\n\nEn 1967, des inscriptions araméennes ont été découvertes à Deir 'Alla, en Jordanie. Ce site, situé au nord d'Amman au confluent du Yabboq et du Jourdain, a révélé un texte en assez mauvais état témoignant d’un « prophétisme » proche-oriental.\n\nCe texte, reproduit sur un mur enduit de plâtre, date de la première moitié du VIIIe siècle avant notre ère (il pourrait être plus ancien, en raison d’un stade plus archaïque de la langue). Il évoque le voyant Balaam, fils de Béor, mentionné dans Nombres 22–24.\n\n---\n\n## Extrait de l’inscription de Deir 'Alla (début du texte)\n\n*Admonitions du livre de Balaam, fils de Béor, l’homme même qui voit les dieux. Les dieux vinrent vers lui, de nuit, et il vit une vision, comme un oracle d’Él. Et ils dirent à Balaam, fils de Béor :*\n\n*« Il fera merveille après lui celui qui ne verra pas ce que tu as entendu. »*\n\n*Balaam se leva le lendemain matin. À l’approche de la troisième heure, il invita les chefs de l’assemblée chez lui, mais ce jour-là, il jeûna et pleura abondamment. Son peuple monta chez lui et lui demanda :*\n\n*« Balaam, fils de Béor, pourquoi jeûnes-tu ? Et pourquoi pleures-tu ? »*\n\n*Il leur répondit :*\n\n*« Asseyez-vous. Je vais vous montrer ce que les Puissants ont décidé. Allez, voyez les œuvres des dieux. »*\n\n*Les dieux se sont réunis et ont tenu conseil, disant à Shagar :*\n\n> *« Tu peux briser les verrous des cieux par des nuages sombres, de sorte que la ténèbre l’emporte sur la lumière, l’obscurité sur la clarté. Ainsi, tu provoques la terreur par des nuages de ténèbre, et ne les retire plus jamais ! »*\n\n*Ils évoquent ensuite diverses créatures et phénomènes naturels, symbolisant la puissance divine et la peur qu’elle inspire :*\n\n> *« Car l’hirondelle a raillé l’aigle, la nichée des vautours a répondu, la cigogne aux petits du nid, la chouette aux poussins du héron, la colombe aux rapaces, le pigeon et le moineau qui volent dans le ciel, et le bâton qui assomme le troupeau. Les lièvres ont mangé ensemble, cherchant leur nourriture, et les bêtes des champs ont bu du vin. Même les léopards ont écouté l’admonition. »*\n\n*Les adversaires de Shagar ont attendu... Le sage, parmi les sages, se moquera, tout comme l’oracle, la parfumeuse de myrrhe, et la prêtresse huileuse, qui épuisera ses ressources. Mais le sage, lui, s’est oint d’huile d’olive pour présenter la libation de la corne. Divers augures s’expriment, mais finalement, on fait confiance au sage, qui écoute les incantations de loin.*\n\n---\n\n## Analyse et contexte\n\nLa première ligne attribue le texte à Balaam, « l’homme qui voit les dieux » ou « visionnaire des dieux ». Il s’agit probablement d’une copie d’un passage d’un ouvrage intitulé : *« Livre de Balaam, fils de Béor, l’homme qui voit les dieux »*. La langue indique que ce texte était beaucoup plus ancien, quasi contemporain d’Amos et d’Osée.\n\nL’inscription raconte la venue nocturne de divinités chez Balaam. Le lendemain, Balaam pleure à cause d’un message reçu d’un de ces dieux : une vision nocturne, un oracle du dieu Él, dont le sanctuaire se trouvait à Pénuel (« face de Él »). La nature exacte du message reste floue, mais il semble annoncer un malheur ou maudire les adversaires du dieu.\n\nLe voyant convoque alors les responsables du peuple, entame une action prophétique en jeûnant et pleurant pendant deux jours, ce qui suscite des questions. Balaam leur explique que cette décision émane des « Puissants » (les Sheddayin) lors d’un conseil divin (Élohim). Ces divinités demandent à la déesse Shagar (ou Shamash, selon certaines lectures) de fermer les cieux avec des nuages sombres, provoquant la panique parmi les animaux.\n\nIl est alors question d’attendre un événement ou une personne. Le sage consulte divers oracles, puis procède à des actions liturgiques. Divers augures s’expriment, mais la confiance se porte finalement sur le sage.\n\n---\n\n## Contexte historique et religieux\n\nCe texte témoigne de traditions locales concernant un voyant connu, Balaam, mentionné dans la Bible (Nb 22–24). La figure de Balaam, souvent associée à des malédictions et bénédictions, est présente dans la tradition biblique.\n\nDans le Livre des Nombres, Balaam est un non-Israélite de Transjordanie, dont la profession est de proférer des malédictions. Le passage biblique de Nb 24,3-4 présente Balaam ainsi :\n\n> *« Oracle de Balaam, fils de Béor, oracle de l’homme au regard pénétrant, oracle de celui qui écoute les paroles de Dieu, celui qui voit ce que Shaddaï fait voir, et dont les yeux s’ouvrent. »*\n\n---\n\n## Pratiques divinatoires et condamnation\n\nL’inscription de Deir 'Alla évoque aussi l’existence d’intermédiaires entre les dieux et les hommes dans la région palestinienne. Son état fragmentaire limite toutefois les conclusions. Elle donne un exemple de pratiques divinatoires (incantations, magie, etc.), qui sont explicitement condamnées par Dt 18,9-12, notamment envers les Moabites et Ammonites.\n\n---\n\n*Fin du contenu.*","# L'inscription de la citadelle d'Amman\n\nSur l'une des terrasses dominant le Wadi Amman, la vieille ville actuelle de la capitale jordanienne, se trouvait l'acropole de la cité hellénistique et romaine. À l'époque hellénistique, Amman était une ville de la Décapole (Philadelphia). \n\nLes vestiges de temples romains révèlent des édifices construits sur un sanctuaire plus ancien dédié au dieu ammonite Milkom. En 1961, une inscription ammonite fut découverte au sud de ce site. La paléographie permet de dater cette inscription du début du 8ᵉ siècle avant notre ère. Son texte, très mutilé, comporte un oracle du dieu national Milkom (divinité ammonite ; voir, par exemple, Am 1,15). La reconstitution proposée est celle établie par A. Lemaire.\n\n## L'inscription de la citadelle d'Amman\n\n> [Ainsi\/et a dit ?] Milkom (lamed – kaph – mem) :  \n> « Construis-toi des entrées détournées [...] [...] car tous ceux qui t'encerclent mourront [...] [...] je les exterminerai, mais ceux qui entrent [...] [...] dans tout portique passeront la nuit le juste [...] [...] Tu fixeras une porte avec un battant de térébinthe, car, en lui [...] [...s]i tu crains le(s) fils des dieux [...] [...] et tranquillité et [...] [...] paix à toi et paix à ta maison ?... »\n\nLe destinataire de l’oracle n’est pas mentionné. Il pourrait s’agir du roi d’Amman. La divinité lui donne ses instructions – visiblement – pour la construction d’un temple, la victoire sur l’ennemi, et la paix.","# La stèle de Mésha\n\nLa stèle en l'honneur du roi Mésha de Moab date de l'an 810 av. J.-C. Elle a été découverte dans le pays de Moab, situé à la hauteur de la mer Morte. Les relations entre ce royaume et les Israélites, rapportées par la Bible, sont souvent belliqueuses.\n\nCette stèle est en basalte, mesure 1,24 m de haut, et porte une inscription de 34 lignes écrite en moabite, une langue proche de l'hébreu archaïque, utilisant un alphabet de type phénicien. Son texte croise celui du récit biblique de 2 Rois 3–4.\n\nLe roi Mésha de Moab y célèbre sa victoire sur Israël, se vantant d’être affranchi du joug israélite à la mort d’Achab. La stèle comporte deux oracles, qui donnent l’ordre de combattre d’abord Israël, puis Juda. Chacun de ces oracles est suivi d’un rapport sur le succès de l’expédition.\n\n### Extrait de la stèle de Mésha :\n\n> ... Et Kamosh m'a dit : « Va, prends Nébô contre Israël. »  \n> Et je suis allé de nuit, et j'y ai combattu de la pointe de l'aube jusqu'à midi.  \n> Je l'ai prise et tuée tout entière : sept mille hommes, garçons, femmes, filles, et femmes enceintes, car je l'avais vouée à 'Ashtar-Kamosh.  \n> J'ai aussi pris les foyers d'autel de YHWH et les ai traînés devant Kamosh...  \n> ... Et la maison de David habitait Hôronên...  \n> [...]  \n> Et Kamosh m'a dit : « Descends, combats contre Hôronên. »  \n> Je suis descendu, j'ai combattu contre la ville et je l'ai prise.  \n> Kamosh la restaure en mes jours.  \n> Et j'en fis monter dix [ ?...].\n\nLes deux oracles donnent l’ordre de combattre d’abord Israël, puis Juda, chacun étant suivi du récit du succès de l’expédition. Aucun prophète n’est mentionné dans ces textes. Il n’est pas clair s’il s’agit de prophétisme ou de divination.\n\nDes messages similaires sont également donnés à David par la consultation de l’éphod, une technique divinatoire (1 Samuel 23,9-13), ainsi qu’à d’autres rois d’Israël par des prophètes (1 Rois 22,12-15)."]